Photographie d'architecture : pourquoi utiliser un objectif à décentrement ?
En photographie d’architecture, tout se joue dans les lignes et les perspectives. Dès que l’on manque de recul, les façades se mettent à fuir, les immeubles se penchent et les premiers plans prennent une place démesurée. Un objectif à décentrement permet de redresser ces verticales dès la prise de vue, sans dépendre d’une correction logicielle lourde ni d’intelligence artificielle, pour obtenir des images précises, lisibles et pleinement fidèles à l’intention du photographe.
Sommaire
- Les problèmes de perspective en photographie d'architecture
- Principe et fonctionnement d'un objectif à décentrement
- Objectifs à décentrement disponibles chez Nikon et Canon
- Correction logicielle de la perspective
- Les avantages techniques et créatifs
- Un outil pour les panoramiques professionnels
- FAQ : objectif à décentrement et photographie d’architecture
Les problèmes de perspective en photographie d'architecture
Photographier un bâtiment dans son ensemble est un défi, surtout en ville où le recul manque souvent. Sans objectif à décentrement, le photographe est contraint de cadrer en contre-plongée pour inclure le sujet, ce qui entraîne des lignes de fuite exagérées et une déformation verticale de l'édifice.

Exemple de photographie en contre-plongée - Cathédrale de Malaga - Photo © Sebastien Desnoulez
Avec un ultra grand-angle, la situation ne s'améliore pas toujours : si on évite la contre-plongée, on introduit un premier plan surdimensionné qui peut nuire à la lecture de l'image.

Premier plan exagéré au 14mm pour éviter une cadrage en contre-plongée - Cathédrale de Mdina, Malte - Photo © Sebastien Desnoulez
Depuis un point haut, l'effet inverse se produit : pour cadrer une scène en contrebas, on incline l'appareil vers le bas, ce qui génère une plongée et une perspective fuyante vers le bas, avec des bâtiments écrasés ou déformés en partie haute de l'image.

Exemple de plongée depuis un point haut sur l'avenue du Prado à La Havane, Cuba - Photo © Sebastien Desnoulez
Principe et fonctionnement d'un objectif à décentrement
Le principe du décentrement est hérité des chambres photographiques à soufflet : dans ces dispositifs, les corps avant (objectif) et arrière (plan film) sont fixés sur des rails permettant des mouvements latéraux et verticaux. Ces ajustements servaient déjà à corriger les perspectives ou ajuster le plan focal pour obtenir une image fidèle de sujets architecturaux.
Un objectif à décentrement moderne permet de déplacer optiquement l'axe de l'objectif par rapport au capteur. Contrairement à une bascule ou un simple mouvement de l'appareil, ici le capteur reste perpendiculaire au sol, l'axe optique reste horizontal, et seul le corps avant de l'objectif est décalé.
Ce déplacement vertical (shift) supprime les fuyantes, redresse les verticales et permet de cadrer un bâtiment sans distorsion, tout en gardant une image orthogonale et fidèle à la réalité architecturale, mais surtout sans premier plan surdimensionné.

Exemple de perspective corrigée par l'utilisation d’un objectif à décentrement - Cathédrale de Bourges - Photo © Sebastien Desnoulez
Objectifs à décentrement disponibles chez Nikon et Canon
- Nikon F PC-E (Perspective Control - Electronic diaphragm) :
- PC-E NIKKOR 19mm f/4E ED
- PC-E NIKKOR 24mm f/3.5D ED
- PC-E Micro NIKKOR 45mm f/2.8D ED
- PC-E Micro NIKKOR 85mm f/2.8D
- Canon EF TS-E (Tilt-Shift - Electronic) :
- Canon TS-E 17mm f/4L
- Canon TS-E 24mm f/3.5L II
- Canon TS-E 45mm f/2.8
- Canon TS-E 90mm f/2.8
Après avoir utilisé un 85mm PC-E Nikon Macro pour la nature morte, puis un Canon TS-E 24mm de première génération en voyage, j'ai adopté le Canon TS-E 17mm f/4L, monté sur mes Nikon Z avec une bague adaptatrice Fringer EF-NZ II. L'angle de prise de vues est plus large que celui du 19mm et moins onéreux en occasion.
Formé à la photographie argentique, notamment à travers l’usage du film inversible (diapositive), j’ai appris l’exigence du cadrage à la prise de vue et la rigueur de l’exposition, deux éléments que ce support ne pardonnait pas. Cette approche « What You See Is What You Get » continue de guider ma pratique actuelle.
C’est pourquoi j’utilise un objectif à décentrement : il me permet de composer précisément sur le terrain, sans avoir à multiplier les vues pour un panoramique vertical à assembler en postproduction. Je garde ainsi le contrôle total sur la géométrie, la lumière et l’intention dès la prise de vue, sans dépendre d’outils correctifs comme les ajustements de perspective ou les fusions HDR.
Correction logicielle de la perspective
Des logiciels comme Adobe Photoshop, Lightroom ou Capture One permettent une correction logicielle de la perspective en appliquant des repères verticaux sur les lignes de fuite des bâtiments ou monuments. Ces outils sont efficaces pour des corrections légères, notamment lorsqu'on photographie à distance avec une focale modérée.
En revanche, pour les images réalisées au très grand-angle, la correction devient délicate : les différences de proportions entre le bas et le haut du bâtiment sont importantes et nécessitent une égalisation artificielle qui peut fortement détériorer l’image. Dans ces cas, la perte de qualité est significative, et il est souvent nécessaire de recourir à l’intelligence artificielle générative pour reconstruire des parties de l’image, notamment le sommet du bâtiment ou le ciel environnant.
Les avantages techniques et créatifs
Outre la correction des perspectives, ces objectifs permettent de préserver la qualité optique sur l'ensemble du champ, grâce à une construction spécialisée pour des capteurs plein format.
Leur usage est idéal en photographie d'architecture en intérieur extérieur, de patrimoine, ou de design contemporain. Ils offrent une liberté créative : vous pouvez choisir de respecter les verticales ou, au contraire, accentuer les déformations en jouant avec les angles, comme dans certaines contre-plongées dynamiques.
Exagération volontaire des fuyantes
Les règles en photographie sont faites pour être enfreintes,
à condition de le faire consciemment !
Un outil pour les panoramiques professionnels
Un objectif à décentrement est également très utile pour réaliser des panoramas sans parallaxe, en shiftant horizontalement l'objectif. L'assemblage de plusieurs images obtenues par décalage offre une définition exceptionnelle, idéale pour les impressions en très grand format.
En conclusion, l'investissement dans un objectif à décentrement est un choix technique de spécialiste, mais il permet de produire des images précises, esthétiques, et parfaitement adaptées aux exigences de la photographie d'architecture.

Photographie d'architecture à La Défense - photo : © Sebastien Desnoulez
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FAQ : objectif à décentrement et photographie d’architecture
Qu’est-ce qu’un objectif à décentrement en photographie d’architecture ?
Un objectif à décentrement permet de décaler le bloc optique par rapport au capteur, tout en gardant l’appareil parfaitement à l’horizontale. En pratique, cela permet de cadrer un bâtiment en entier sans incliner le boîtier, de redresser les verticales et d’éviter les lignes de fuite exagérées typiques des contre-plongées en ville.
Pourquoi ne pas corriger simplement la perspective dans Photoshop ou Lightroom ?
Les corrections logicielles fonctionnent bien pour des ajustements légers ou des vues prises à distance avec une focale modérée. Dès que l’on utilise un très grand-angle à proximité d’un bâtiment, la correction implique de fortes déformations de l’image, une perte de définition et parfois le recours à l’IA générative pour reconstruire des zones manquantes. Un objectif à décentrement permet au contraire d’obtenir une géométrie propre dès la prise de vue, avec un maximum de qualité optique préservée.
Un ultra grand-angle ne suffit-il pas pour la photo d’architecture ?
Un ultra grand-angle permet certes de faire entrer le bâtiment dans le cadre, mais au prix d’un premier plan souvent surdimensionné et de distorsions qui compliquent la lecture de l’image. En photographie d’architecture exigeante, on cherche au contraire à équilibrer les proportions et à garder une représentation fidèle du sujet. Le décentrement aide à maîtriser cet équilibre sans sacrifier la géométrie.
Est-il possible d’utiliser un objectif à décentrement Nikon F ou Canon TS-E sur un hybride Nikon Z ?
Oui, c’est tout l’intérêt des montures hybrides. Il est possible de monter des objectifs Nikon PC-E ou Canon TS-E sur un boîtier Nikon Z à l’aide d’une bague d’adaptation adaptée (par exemple une bague Fringer EF-NZ pour un TS-E Canon). La focale et le comportement optique restent identiques, et l’on bénéficie en plus des aides modernes à la mise au point des boîtiers Z.
Un objectif à décentrement est-il indispensable pour débuter en photographie d’architecture ?
Non, ce n’est pas un prérequis pour commencer. On peut déjà progresser avec un bon grand-angle rectilinéaire et des corrections modérées en postproduction. En revanche, dès que l’on souhaite produire des images rigoureuses et reproductibles pour des architectes, des designers ou des commandes exigeantes, l’objectif à décentrement devient un véritable outil de travail, autant technique que créatif.
Quels sont les principaux avantages créatifs d’un objectif à décentrement ?
Au-delà de la correction des perspectives, un objectif à décentrement permet de composer plus précisément dans le cadre, de choisir la part de ciel et de premier plan sans pencher l’appareil, et de réaliser des panoramiques haute définition par décalage latéral. Il offre aussi la liberté de respecter les verticales ou, au contraire, de jouer consciemment avec des fuyantes exagérées, en gardant toujours le contrôle de l’intention à la prise de vue.
À propos de l’auteur
Sebastien Desnoulez est photographe professionnel basé à Paris, spécialisé en photographie d’architecture, de paysage et de voyage. Formé à la photographie au milieu des années 1980, il a couvert des compétitions de Formule 1 et réalisé des reportages à travers le monde, avant de se consacrer à une photographie d’art exigeante, mêlant composition, lumière et émotion. Il partage aussi son expérience technique à travers des articles pratiques destinés aux photographes passionnés, en s’appuyant sur une solide culture de l’image acquise en argentique comme en numérique.
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