Filtres vintage en photographie : Instax mini Evo Cinema et Fujifilm X Half, fun ou piège pour vos photos ?
Deux nouveautés Fujifilm remettent les effets vintage au centre du jeu : l’Instax mini Evo Cinema et le Fujifilm X Half. L’occasion parfaite de prendre du recul sur les filtres, presets et recettes : quand ils stimulent la créativité, et quand ils figent vos souvenirs dans une mode passagère.
Note : cet article n’a pas pour but de dénigrer l’Instax mini Evo Cinema ni le Fujifilm X Half. Ce sont deux objets créatifs, pensés pour des usages différents. Je m’en sers ici comme point de départ pour parler d’un sujet plus large : les filtres, presets, recettes et leurs effets sur nos images, surtout quand ils deviennent irréversibles.
Sommaire
- Pourquoi le look vintage revient en force
- 2010, Instagram, Hipstamatic : la grande bascule
- Ce n’est pas une histoire de deux modèles
- Le vrai risque : des archives photo irréversiblement datées
- Quand la mode revient sur elle-même
- Instax mini Evo Cinema : l’effet immédiat, assumé
- Fujifilm X Half : le look vintage avec plus de contrôle
- Comparatif rapide : ce qui compte vraiment
- Mes conseils pour s’amuser sans sacrifier ses photos
- Conclusion
Pourquoi le look vintage revient en force
Le vintage en photographie n’a jamais vraiment disparu. Il change simplement de forme. Aujourd’hui, Fujifilm le remet au premier plan avec deux produits très différents, mais un point commun : l’envie de donner une identité forte aux images dès la prise de vue.
D’un côté, l’Instax mini Evo Cinema met en scène l’expérience “souvenir” : on capture, on imprime, on partage. De l’autre, le Fujifilm X Half s’inscrit dans une logique plus “appareil photo” : capteur 1 pouce, simulations de film, réglages d’exposition, et davantage de marge créative.
Cette vague est compréhensible. Elle répond à deux envies très actuelles : ralentir, et donner une cohérence visuelle à ses images sans passer par une retouche longue. Mais il faut aussi regarder l’envers du décor.
2010, Instagram, Hipstamatic : la grande bascule
Le phénomène des filtres “vintage” a explosé vers 2010, avec Instagram et des applis iOS comme Hipstamatic ou PlasticBullet. À l’époque, c’était une révolution : d’un geste, on simulait grain, vignetage, dérives colorimétriques, fuites de lumière, défauts optiques.
J’ai moi-même beaucoup utilisé Hipstamatic, d’abord avec l’iPhone 3GS, puis avec le 4S. L’idée était simple : retrouver une ambiance proche de certaines images faites au Holga, sans le processus long des pellicules, des développements, puis de la numérisation. Sur le moment, c’était amusant, et même grisant.
Avec le recul, c’est plus nuancé. Une partie de ces images est devenue difficile à relire, parce que le style est trop marqué, trop lié à une mode, et souvent appliqué de façon destructive sur un fichier compressé.
Ce n’est pas une histoire de deux modèles
Il est important de le préciser : ce sujet ne concerne pas seulement l’Instax mini Evo Cinema et le Fujifilm X Half. Fujifilm propose depuis longtemps des rendus “typés” sur une grande partie de sa gamme, via ses simulations de films et, pour ceux qui aiment aller plus loin, via des recettes et réglages personnalisés.
Et Fujifilm n’est pas seul. D’autres marques proposent aussi des rendus et profils intégrés. Nikon, par exemple, a une logique équivalente avec les Picture Controls, dont les Creative Picture Controls sur certains boîtiers, qui permettent de styliser le rendu dès la prise de vue.
Autrement dit, le sujet n’est pas une comparaison de marques, mais une question de méthode : à quel moment un style renforce une intention, et à quel moment il vous enferme dans une esthétique prêt à l’emploi.
Le vrai risque : des archives photo irréversiblement datées
Le problème n’est pas d’aimer un style, ni de vouloir “colorer” une période de sa vie. Le problème, c’est quand l’effet remplace l’intention, et surtout quand il devient inamovible.
Beaucoup de filtres produisent des JPEG très typés qui écrasent l’image d’origine : couleurs déjà “cuites”, contrastes figés, détails perdus, peau et ciel artificiels, et parfois une impression de flou ajoutée qui finit par fatiguer. Le résultat peut être séduisant aujourd’hui, puis paraître daté demain, tout en restant le seul vestige d’un moment important.
Autre point souvent oublié : le grain, les dominantes colorées, les imperfections optiques dont s’inspirent ces effets sont associés à des contraintes techniques du XXe siècle. Très souvent, les photographes de l’époque auraient rêvé de meilleurs films, d’optiques plus performantes, et d’une restitution plus fidèle. Recréer ces “défauts” peut être un choix artistique, mais cela mérite d’être un choix, pas un automatisme.
Quand la mode revient sur elle-même
Un détail intéressant montre à quel point les goûts évoluent vite. Vers 2010, la mode était aux filtres très visibles, type Hipstamatic et Instagram. Puis, une dizaine d’années plus tard, on a vu l’esthétique inverse revenir, notamment chez des jeunes qui recherchaient des images moins “optimisées”, moins lissées, plus brutes, comme celles produites par des smartphones plus anciens.
Il y a eu par exemple un regain d’intérêt pour l’iPhone 3GS, non pas pour ses performances, mais pour son rendu jugé plus “vintage” et plus “réaliste” que certaines images ultra traitées des smartphones récents. Preuve que les modes et goûts tournent, et que le “non filtré” d’une époque peut redevenir tendance quelques années plus tard.
Instax mini Evo Cinema : l’effet immédiat, assumé

L’Instax mini Evo Cinema joue la carte du plaisir instantané. On est dans un objet hybride, à mi-chemin entre appareil photo, caméra, et imprimante. Fujifilm pousse l’idée jusqu’à une logique de “décennies”, via l’Eras Dial : 10 effets (1930 à 2020) avec un réglage de degré.
Sur le plan technique, l’approche est clairement orientée “souvenir” :
- Capteur : 1/5 pouce CMOS, environ 5 MP
- Photo : 1920 x 2560 pixels, en JPEG
- Optique : 28 mm équivalent 24x36, ouverture f/2.0
- Vidéo : 24p (im/s ou fps), mode standard 600 x 800, et mode haute qualité indiqué jusqu’à 1080 x 1440 selon configuration
- Stockage : mémoire interne et microSD jusqu’à 256 Go
- Impression : exposition 1600 x 600 points, sortie environ 16 s

Important : sur ce type d’appareil orienté souvenir, le rendu est généralement enregistré directement dans le JPEG. Cela signifie que l’effet choisi (grain, teinte, look décennie) est “cuit” dans l’image. Contrairement à une prise de vue RAW + JPEG, on ne conserve pas forcément une base neutre permettant de revenir en arrière plus tard.
Mon avis : c’est une machine à “moments”, très efficace si l’objectif est de produire un objet, une trace, un souvenir imprimé. Mais il faut accepter une limite structurelle : quand le style fait partie du processus, on renonce souvent à une version neutre vraiment exploitable.
Le Fujifilm X Half répond à une logique différente : moins “objet souvenir”, plus “appareil photo”, même si l’intention reste de proposer des rendus marqués dès la prise de vue.
Fujifilm X Half : le look vintage avec plus de contrôle

Le Fujifilm X Half se place ailleurs. Il conserve l’esprit “vintage” mais apporte des fondamentaux photographiques plus solides : capteur 1 pouce, définition plus élevée, réglages d’exposition (P, A, S, M), et surtout l’écosystème Fujifilm autour des simulations de film et des réglages d’image (grain, rendu, recettes).Quelques repères techniques utiles :
- Capteur : 1 pouce (13,3 x 8,8 mm), 17,74 MP
- Optique : 32 mm équivalent 24x36, ouverture f/2.8
- Réglages : P, A, S, M, compensation d’exposition jusqu’à plus ou moins 3 IL en photo
- Simulations : 13 modes (Provia, Velvia, Classic Chrome, Classic Neg, Nostalgic Neg, Eterna, Acros, Sepia, etc.)
- Vidéo : Full HD avec débits annoncés jusqu’à 50 Mbps, 24p, et modes haute vitesse selon formats
Le point important, ce n’est pas la liste complète, c’est l’usage : avec ce type de boîtier, on peut jouer les looks, mais garder une démarche plus “photographique”, donc plus durable pour les archives.
Comparatif rapide : ce qui compte vraiment
| Point clé | Instax mini Evo Cinema | Fujifilm X Half |
|---|---|---|
| Philosophie | Objet souvenir, impression instantanée, look décennie | Appareil photo compact, look vintage, plus de contrôle |
| Capteur | 1/5 pouce, environ 5 MP | 1 pouce, 17,74 MP |
| Focale équivalente | 28 mm | 32 mm |
| Ouverture | f/2.0 | f/2.8 (jusqu’à f/11) |
| Formats | JPEG | JPEG (et logique Fuji de rendu via simulations) |
| Styles intégrés | Eras Dial, 10 décennies, avec degré | Simulations de film, filtres créatifs, grain et réglages |
| Vidéo | 24p, définitions modestes, débit 2,5 à 9 Mbps | Full HD, 24p, débit jusqu’à 50 Mbps annoncé |
| Impression | Oui, Instax mini | Non |
| Poids | Environ 270 g (sans film ni carte) | Environ 240 g avec batterie et carte |
Mes conseils pour s’amuser sans sacrifier ses photos
Je n’oppose pas la créativité et la qualité. Je pense simplement qu’il faut garder le contrôle, surtout quand on photographie sa vie quotidienne, sa famille, ses voyages, tout ce qui deviendra une archive personnelle.
La solution simple : garder un original non destructif
Si vous voulez vous amuser avec un look vintage sans enfermer vos images, l’idéal est de privilégier un appareil qui propose RAW + JPEG. L’idée est simple : vous obtenez un JPEG stylisé prêt à partager, et en parallèle un RAW qui conserve une base exploitable (couleurs, balance des blancs, dynamique) si vous changez d’avis dans quelques années.
Beaucoup de boîtiers modernes offrent cette approche, quel que soit le rendu choisi : profils d’image, Picture Controls, styles créatifs, simulations de films. Le principe reste le même : un rendu pour le plaisir immédiat, et un fichier source pour la liberté.
1) Garder une version neutre
Si vous aimez les looks vintage, très bien. Mais si c’est possible, gardez aussi une image plus neutre, ou au minimum une interprétation moins agressive. Les modes changent, vos souvenirs restent.
2) Les filtres ne sauveront pas une photo banale
Un filtre ne remplace ni la lumière, ni le cadrage, ni l’instant. Il peut renforcer une intention, pas créer une photo à partir de rien. Et quand trop de monde utilise les mêmes recettes, tout finit par se ressembler.
3) Utiliser le vintage comme un choix, pas comme un réflexe
Le grain, les dominantes, les halos, les “défauts” peuvent être un langage. Mais c’est un langage qui doit servir le sujet. Sinon, c’est un décor appliqué par-dessus tout, et on s’en lasse.
4) Penser “archive” avant de penser “hype”
Mon expérience Hipstamatic m’a appris une chose simple : c’est pénible, des années plus tard, de trier une période entière de photos trop typées. On regrette parfois de ne pas avoir gardé une base plus propre. Le vintage est un plaisir, mais il peut devenir un verrou.
Conclusion
L’Instax mini Evo Cinema et le Fujifilm X Half montrent deux visions du look vintage. L’une privilégie l’objet et l’instant, l’autre la photographie et la continuité. Dans les deux cas, l’important est de savoir ce que l’on cherche : un souvenir imprimé et assumé, ou des images qui resteront lisibles et appréciables dans dix, vingt, trente ans.
Cela ne veut pas dire qu’il ne faut jamais recréer un style d’image ancien. Au contraire, ça peut être un vrai choix artistique. Mais l’exemple de l’iPhone 3GS est parlant : le rendu “d’hier” peut redevenir désirable demain, parfois justement parce qu’il n’a pas été surfiltré.
Et si la vraie idée était là : la nostalgie de demain ne portera pas seulement sur des looks “années 80” recréés aujourd’hui. Elle portera aussi sur l’esthétique réelle de notre époque, celle de nos capteurs actuels, de nos traitements actuels, de nos couleurs actuelles. Dans vingt ou trente ans, il est très probable que ce rendu devienne, lui aussi, une “période” que d’autres auront envie de retrouver.
C’est aussi pour cela qu’il vaut mieux conserver une base non destructrice : les goûts évoluent, et ce que vous trouvez “trop neutre” aujourd’hui pourra devenir précisément le style recherché demain.
Mon approche personnelle est simple : capturer propre avec du matériel moderne, puis altérer si besoin, en gardant une porte de sortie. Ainsi, on profite du fun des filtres sans condamner ses photos à un style unique.
Galerie d’images époque iPhone + Hipstamatic, pour illustrer un style daté et ses limites
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À propos de l’auteur
Sebastien Desnoulez est photographe professionnel spécialisé en photographie d’architecture, de paysage et de voyage. Formé à la photographie dès les années 1980, il a couvert des compétitions de Formule 1 et réalisé des reportages à travers le monde, avant de se consacrer à une photographie d’art exigeante, mêlant composition, lumière et émotion. Il partage aussi son expérience technique à travers des articles pratiques destinés aux photographes passionnés, en s’appuyant sur une solide culture de l’image acquise en argentique comme en numérique.
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