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Pyramide du Louvre 1989 Photo Sebastien Desnoulez
Pyramide du Louvre 1989 Photo Sebastien Desnoulez

Sous la pyramide du Louvre, photographie en noir et blanc de 1989

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30 novembre 2025   –    Catégorie :    –    Sebastien Desnoulez

Escalator du Louvre sous la pyramide en 1989, silhouettes floues et diagonales architecturales en noir et blancEscalator du Louvre sous la pyramide, 1989 – Photo © Sebastien Desnoulez

Sous la pyramide du Louvre, 1989

À la fin des années 1980, le Musée du Louvre vient d’ouvrir sa nouvelle entrée sous la pyramide de verre. Nous sommes en 1989. Je remonte l’escalator parmi les visiteurs, un Nikon F sans prisme autour du cou. J’exerce une pression vers le bas sur le boîtier, sa courroie passée autour de mon cou est tendue et le stabilise. Avec mon Nikon 24 mm f/2.8 Ai-S, je choisis une vitesse lente autour de 1/15 s ou 1/8 s en acceptant que le flou fasse partie de l’image. Je vise, fais la mise au point et cadre directement sur le verre de visée du Nikon F dont j’ai retiré le prisme. Une photo isolée, un cadrage instinctif, qui deviendra pourtant l’une de mes images préférées dès le premier développement.

Composition : diagonales, netteté et flou

La mise au point est volontairement faite sur le dos et le bras de la personne qui me précède sur l’escalator. C’est elle qui devient le point d’ancrage de la photo, la seule présence vraiment nette dans un univers en mouvement. Autour, les silhouettes se mettent à glisser : les personnages sur l’escalator d’en face, les visiteurs dans le hall, l’architecture elle-même, légèrement adoucie par la pose lente.

Les lignes diagonales des mains courantes structurent l’image et guident le regard vers le haut du cadre, là où deux personnages flous semblent surgir de derrière le premier plan. On devine une conversation, un échange, un fragment d’histoire que la photographie ne montre pas mais suggère simplement. Le spectateur n’a pas toutes les réponses : il doit se projeter, imaginer sa propre narration.

En noir et blanc, la scène se simplifie. Les tonalités mettent en valeur le contraste entre la structure géométrique de la pyramide et la fluidité des silhouettes. Le grain argentique rappelle l’époque de la prise de vue et donne à l’image une texture particulière. Graphique, puissante, cette photographie résume bien ma manière de travailler : capter un instant, proposer une sorte de synthèse d’un lieu ou d’un moment, avec une forte dimension visuelle, sans forcément la rattacher à un reportage ou à une série plus vaste.

Du tirage papier à la numérisation

À l’époque, j’avais réalisé un tirage 18×24 cm sur papier Ilford Multigrade, avec une marge blanche et le bord du négatif en liseré noir. Ce tirage faisait déjà partie de mes favoris, accroché dans mon escalier, je l’avais scanné en basse définition pour le premier site que j’ai réalisé en découvrant le code html en 1999. Pendant longtemps, je n’ai pas disposé d’une méthode de numérisation vraiment satisfaisante et je manquais tout simplement de temps pour scanner toutes ces images.

L’arrivée du Nikon Z8 a changé la donne. Sa dynamique permet de créer un véritable équivalent numérique du négatif puis de le développer dans Lightroom, comme on le ferait en chambre noire, mais avec une finesse de contrôle accrue. Je peux retrouver l’intention d’origine, corriger le contraste excessif du tirage ancien et explorer de nouvelles interprétations, tout en respectant l’esprit de la prise de vue argentique.

Pour numériser mes négatifs, je privilégie désormais la reproduction avec un boîtier numérique plutôt que le scanner. Cette approche offre plus de souplesse, un meilleur contrôle optique et s’intègre naturellement à mon flux de travail. Je détaille toute la méthode dans un article dédié : Numériser ses négatifs noir et blanc avec un boîtier photo et les développer dans Lightroom. Vous y trouverez mon installation, le matériel utilisé et la façon dont je traite les fichiers dans Lightroom pour tirer le meilleur parti des films argentiques.

Du film au numérique, une continuité

Revenir sur cette image du Louvre en 2025, la numériser puis la retravailler légèrement, c’est aussi une manière de mesurer le chemin parcouru. En près de quarante ans, j’ai vu la photographie passer de l’argentique au numérique, puis aux appareils hybrides, sans que mon regard ne change fondamentalement.

Je continue de cadrer et d’anticiper la scène avec les réflexes acquis à l’époque du film, où « faire vite et être parfait » était la devise du photographe de presse de sports automobile. Les 36 vues par pellicule, l’attente du développement et la découverte des planches-contact ont formé mon œil et influencent encore aujourd’hui mes images réalisées avec un Nikon Z8 ou d’autres boîtiers récents. Cette culture argentique nourrit toujours ma pratique contemporaine, même lorsque je travaille en couleur ou sur des sujets très éloignés.

Je raconte plus en détail cette évolution de ma pratique sur près de 40 ans dans l’article : Évolution de la photographie : 40 ans entre film, numérique et mirrorless. On y retrouve ce lien permanent entre les débuts en argentique, les premiers boîtiers numériques et la liberté créative offerte par les hybrides actuels.

Pourquoi cette image compte pour moi

Parmi toutes les photographies réalisées à cette période, cette scène d’escalator au Louvre occupe une place particulière. Dès le premier développement, elle s’est imposée comme l’une de mes images fétiches. Elle n’est liée à aucun reportage précis, ne s’inscrit pas dans une série construite autour du musée. Elle surgit de l’instinct, d’un geste rapide, d’une intuition graphique au milieu d’une visite.

Ce qui la rend importante pour moi, c’est précisément cette capacité à condenser en un seul cadre la rencontre entre un lieu, un moment et quelques personnages anonymes. Une façon de faire le portrait d’un espace et de son atmosphère en une image unique. Cette photographie est représentative de mon style, qui traverse différents sujets mais conserve toujours cette volonté de produire des images fortement graphiques, qu’il s’agisse d’architecture, de paysage ou de scènes de rue.

Redonner vie à cette image grâce à la numérisation des négatifs, c’est prolonger le dialogue entre les années argentiques et la pratique actuelle. C’est se rappeler que les archives contiennent encore beaucoup de photographies qui n’ont pas fini de parler, à condition de prendre le temps de les regarder et de les faire entrer dans notre présent.

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