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Canon TS E 17mm f4L
Canon TS E 17mm f4L

Canon TS-E 17mm f/4L : objectif dédié à l’architecture

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26 novembre 2025   -    Catégorie :    -    Sebastien Desnoulez

Depuis 2016, les objectifs à bascule et décentrement ont pris une place croissante dans ma pratique de la photographie d’architecture. Après avoir exploré les chambres grand format, les PC-E Nikon et un 24mm TS-E de première génération, mon choix s’est finalement porté sur le Canon TS-E 17mm f/4L, monté sur mes Nikon Z via une bague Fringer EF-NZ II. Dans cet article, je reviens sur ce parcours, les raisons de ce choix et la manière dont ce 17mm s’est imposé comme mon outil principal pour redresser les perspectives et composer directement à la prise de vue.

Des chambres 4×5" aux objectifs à décentrement

Au début de ma carrière de photographe, les objectifs à décentrement en 24×36 étaient rares. Chez Nikon, on trouvait surtout les 28mm et 35mm PC (Perspective Control). Les photographes d’architecture travaillaient alors majoritairement avec des chambres photographiques à soufflet, qui permettaient de déplacer indépendamment le châssis avant (objectif) et le châssis arrière (plan film) pour corriger les perspectives.

Mes premières images d’architecture étaient donc soit des détails cadrés au téléobjectif, soit des vues plus lointaines pour limiter les déformations, soit des contre-plongées assumées au grand-angle. Sur les bâtiments modernes, ces verticales fuyantes peuvent devenir un parti-pris graphique intéressant, mais sur des monuments historiques, le résultat est parfois moins convaincant.

En 1993, j’ai emprunté un Canon TS-E 24mm f/3.5 chez Canon Pro pour le tester à Hong Kong, ville de verticalité par excellence, lors d’une journée de transit d’un reportage d’Indycar à Surfer’s Paradise, sur la côte Est australienne.
La même année, j’ai acquis une chambre 4×5" Sinar équipée de deux optiques Schneider (90mm et 150mm). Ce matériel ouvrait des possibilités extraordinaires en termes de contrôle de perspective… au prix d’une logistique lourde et d’un rythme de travail très éloigné du reportage.

En pratique, la fréquence de mes reportages de sport automobile en agence m’a vite rattrapé : la chambre Sinar a surtout servi lors d'un voyage dans l'Ouest américain, de sorties à Paris pour photographier des monuments, et d'une séance en studio, avant de finir au placard puis d’être revendue.

Je suis revenu aux optiques à mouvements bien plus tard, en 2016, avec un Nikon Nikkor 85mm f/2.8 PC-E utilisé principalement en studio, pour des portraits et des natures mortes. Comme souvent en photographie, la revente de cet objectif a ensuite servi à financer une nouvelle optique.

Pourquoi un 17mm à décentrement pour l’architecture ?

En environnement urbain dense, couvrir un bâtiment dans son ensemble impose souvent de travailler au très grand-angle. Pendant plusieurs années, j’ai utilisé un Irix 11mm f/4 pour cadrer large, au prix d’un premier plan surdimensionné et de zones vides peu intéressantes dans le bas de l’image. Même corrigées en post-production, ces images restent marquées par une perspective parfois peu lisible.

Le Canon TS-E 17mm f/4L répond précisément à ce problème : il combine un angle de champ diagonal de 104° (encore plus large qu’un 19mm) avec la possibilité de décentrer l’optique. Plutôt que d’incliner le boîtier vers le haut, on garde l’appareil parfaitement horizontal et l’on « monte » l’image dans le champ grâce au shift. Résultat : les verticales restent droites, le bâtiment n’est plus penché vers l’arrière, et le premier plan retrouve une proportion naturelle.

En intérieur, notamment dans les cathédrales et églises, ce 17mm permet de restituer l’ampleur de la nef, la hauteur des voûtes et la géométrie des colonnes sans sacrifier la rectitude des lignes. Là où un ultra grand-angle classique oblige à des compromis, le TS-E 17mm offre un cadrage maîtrisé dès la prise de vue.

Pourquoi le Canon TS-E 17mm f/4L plutôt qu’un Nikon 19mm PC-E ?

Avant d’arriver à ce 17mm, j’ai testé plusieurs pistes. En 2023, pour améliorer mes images d’architecture, j’ai essayé un Canon TS-E 24mm f/3.5 de première génération, monté sur un Nikon Z5 via une bague Viltrox EF-Z lors d'un voyage au Vietnam. La qualité de cette première version, acceptable sur film dans les années 80–90, montrait ses limites sur les capteurs haute définition modernes. Ce que nous jugions alors avec un simple compte-fil Schneider apparaît aujourd’hui beaucoup plus sévèrement à 100 % dans Lightroom ou Photoshop.

J’ai ensuite envisagé et testé plusieurs objectifs : deux exemplaires du Nikon 24mm f/3.5D ED PC-E, dont les performances ne m’ont pas convaincu, ainsi qu’un Laowa 15mm présentant un problème d’alignement de lentilles malgré une sortie de SAV. À l’heure des hybrides haute résolution, quelques défauts optiques ou un exemplaire moyen deviennent vite rédhibitoires.

C’est finalement le Canon TS-E 17mm f/4L qui s’est imposé. Je l’utilise aujourd’hui avec une bague Fringer EF-NZ II sur mes Nikon Z8 et Z7 II, avec un très bon niveau de satisfaction. Une question revient souvent : pourquoi ne pas avoir choisi le Nikon 19mm PC-E ?

La réponse est simple : le budget. Le Canon TS-E 17mm f/4L était disponible autour de 1 000 € en occasion, soit environ la moitié du prix d’un Nikon 19mm PC-E, y compris en occasion. Ajoutez à cela un angle plus large et une qualité optique éprouvée, et le compromis devient très rationnel pour une pratique où l’optique reste un outil, pas un fétiche.

Sur le terrain : cathédrales, édifices religieux et architecture urbaine

Le terrain naturel du TS-E 17mm, ce sont les intérieurs d’édifices religieux et les architectures imposantes en ville. À Pontigny, Westminster, Le Havre ou Notre-Dame de Bernay, la possibilité de corriger les perspectives dès la prise de vue permet de se concentrer sur la lumière, le rythme des colonnes, les volumes et la relation entre l’espace et les personnages qui le traversent.

Plutôt que de multiplier les prises de vue pour assembler un panoramique vertical ou de compter sur une correction logicielle lourde, je peux choisir précisément où placer la base de l’image, jusqu’où montrer le sol, comment laisser « respirer » la voûte ou un vitrail. Cette approche prolonge la discipline de l’argentique sur diapositive que j’ai connue : ce que l’on voit dans le viseur doit être le plus proche possible du résultat final.

En extérieur, le TS-E 17mm se révèle tout aussi précieux pour photographier des immeubles modernes, des façades de verre ou des quartiers d’affaires comme La Défense. Le contrôle des verticales permet de composer des images très graphiques, sans être condamné à subir la distorsion naturelle liée à la contre-plongée.

Prise en main et travail à main levée avec le TS-E 17mm

Contrairement à l’idée que l’on se fait souvent des objectifs à décentrement, j’utilise le Canon TS-E 17mm f/4L principalement à main levée. Dans de nombreux bâtiments religieux ou historiques, les trépieds sont interdits pour des raisons de sécurité, afin d’éviter que des visiteurs distraits ne trébuchent. Les boîtiers hybrides modernes, avec leur montée en ISO propre et la stabilisation interne (IBIS), permettent de travailler à des vitesses de l’ordre de 1/15 s à main levée, ce qui rend cette approche réaliste sur le terrain.

Le TS-E 17mm est livré avec un large bouchon à baïonnette, de type « cloche », en plastique rigide, dont la profondeur protège efficacement la lentille frontale très proéminente. Vue de face, cette lentille mériterait presque le surnom de « HAL 9000 », en clin d’œil à l’ordinateur de 2001, l’Odyssée de l’espace, représenté à l’écran par une optique fisheye Nikon 6 mm, tandis que le bouchon lui-même évoque plutôt une boîte de camembert. Une dragonne permet de laisser pendre ce capot encombrant au poignet pendant les prises de vues, plutôt que de devoir le ranger à chaque changement de cadrage.

Sur le Nikon Z8, l’horizon artificiel est extrêmement précis et la stabilisation très sensible. Le moindre micro-mouvement pour essayer d’aligner les repères horizontaux est parfois surcompensé par le boîtier, ce qui rend l’alignement délicat. Deux solutions peuvent aider : désactiver temporairement la stabilisation lorsque l’on ajuste finement le cadrage, et rester en apnée au moment du déclenchement pour limiter les mouvements parasites.

Ma méthode de réglage est la suivante : je commence par me placer dans l’axe de la nef d’une cathédrale, ou parfaitement perpendiculaire à la façade que je souhaite photographier. Je déverrouille le blocage de décentrement, je cadre d’abord approximativement, puis j’effectue la mise au point manuelle. Ensuite, j’affine mon cadrage en alignant les repères de l’horizon artificiel, puis je tourne la molette de shift pour décaler le corps avant de l’objectif jusqu’à obtenir le cadrage souhaité, avec des verticales bien redressées.

En raison de l’angle très large du TS-E 17mm, les vues de pleine face sont souvent préférables pour éviter une disproportion trop marquée entre le premier plan et le plan le plus éloigné. C’est particulièrement visible sur certaines images d’architecture moderne, comme la photo du Centre Pompidou dans la galerie en bas de cet article, où l’on profite pleinement de la largeur du champ tout en conservant une géométrie lisible.

Bascules créatives : isoler un sujet tout en corrigeant les fuyantes

Au-delà du simple redressement de perspective, le mouvement de bascule (tilt) ouvre des possibilités créatives intéressantes. Sur des sujets comme le Pouce de César à La Défense, la bascule permet de réduire la profondeur de champ pour isoler la sculpture, tout en ajustant simultanément le décentrement pour conserver des verticales parfaitement droites sur les immeubles en arrière-plan.

Ce double réglage tilt + shift demande un peu de pratique, mais il offre un contrôle très fin sur la manière dont le regard circule dans l’image. Là où un ultra grand-angle classique se contente de tout rendre net et parfois un peu « plat », le TS-E 17mm autorise un vrai travail de mise au point plane ou au contraire de flou sélectif sur des sujets architecturaux.

Caractéristiques techniques du Canon TS-E 17mm f/4L

Spécification Détail
Angle de champ (horizontal / vertical / diagonal) 93° / 70°30’ / 104°
Construction optique 18 éléments en 12 groupes
Nombre de lamelles de diaphragme 8
Ouverture maximale / minimale f/4 / f/22
Distance minimale de mise au point 0,25 m
Agrandissement maximal 0,14×
Dimensions (diamètre × longueur) 88,9 × 106,9 mm
Poids 820 g

Courbes MTF et formule optique

Courbes MTF et formule optique Canon TS-E 17mm f/4L

Faut-il investir dans un Canon TS-E 17mm f/4L ?

Le Canon TS-E 17mm f/4L n’est pas un objectif grand public. C’est un outil spécialisé, conçu pour celles et ceux qui veulent maîtriser la géométrie et la perspective directement à la prise de vue, que ce soit pour le patrimoine, l’architecture contemporaine ou des projets d’édition exigeants.

Dans mon cas, il s’est imposé comme une évolution naturelle après des années de travail avec des chambres, des PC-E et des ultra grands-angles classiques. Son angle de champ très large, la qualité optique et la possibilité de l’utiliser sur mes Nikon Z via une bague Fringer EF-NZ II en font un compagnon idéal pour mes séries d’architecture.

Si vous photographiez ponctuellement des bâtiments et que la correction logicielle vous suffit, cet objectif sera sans doute surdimensionné pour votre pratique. En revanche, si vous multipliez les projets d’architecture, d’intérieur ou de patrimoine, et que vous souhaitez retrouver une approche proche de la chambre grand format, le Canon TS-E 17mm f/4L peut devenir un investissement clé, capable de vous accompagner de nombreuses années.

Cliquez sur les photos, ci-dessous, pour les voir en plein écran.

Centre Georges Pompidou   Paris   Photo : © Sebastien Desnoulez

Centre Georges Pompidou Paris Photo : © Sebastien Desnoulez

Abbaye Cistercienne De Pontigny En Bourgogne   Photo : © Sebastien Desnoulez

Abbaye Cistercienne De Pontigny En Bourgogne Photo : © Sebastien Desnoulez

Standing Still   David De Michelange, Musée De L’Accademia À Florence   Photo : © Sebastien Desnoulez

Standing Still David De Michelange, Musée De L’Accademia À Florence Photo : © Sebastien Desnoulez

Le Pouce De César À La Défense   Photo : © Sebastien Desnoulez Photographe

Le Pouce De César À La Défense Photo : © Sebastien Desnoulez Photographe

Eglise Notre Dame Du Raincy Photo Sebastien Desnoulez Photographe Architecture 03

Eglise Notre Dame Du Raincy Photo Sebastien Desnoulez Photographe Architecture 03

Eglise St Joseph Le Havre Photo Sebastien Desnoulez Photographe Architecture 05

Eglise St Joseph Le Havre Photo Sebastien Desnoulez Photographe Architecture 05

Photographie En Objectif A Decentrement Photo Sebastien Desnoulez

Photographie En Objectif A Decentrement Photo Sebastien Desnoulez

Photographie D'architecture : Pourquoi Utiliser Un Objectif À Décentrement   Sebastien Desnoulez

Photographie D'architecture : Pourquoi Utiliser Un Objectif À Décentrement Sebastien Desnoulez

Photographie D’architecture : Comment Restituer La Hauteur Spectaculaire De La Cathédrale Saint Étienne De Bourges   Photo : © Sebastien Desnoulez

Photographie D’architecture : Comment Restituer La Hauteur Spectaculaire De La Cathédrale Saint Étienne De Bourges Photo : © Sebastien Desnoulez

Photographie D’architecture : Comment Restituer La Hauteur Spectaculaire De La Cathédrale Saint Étienne De Bourges   Photo : © Sebastien Desnoulez

Photographie D’architecture : Comment Restituer La Hauteur Spectaculaire De La Cathédrale Saint Étienne De Bourges Photo : © Sebastien Desnoulez

Westminster Abbey London Photo Sebastien Desnoulez Photographe 24

Westminster Abbey London Photo Sebastien Desnoulez Photographe 24

The Eye London Photo Sebastien Desnoulez Photographe 8

The Eye London Photo Sebastien Desnoulez Photographe 8

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FAQ

Le Canon TS-E 17mm f/4L est-il compatible avec les hybrides Nikon Z ?

Oui, via une bague d’adaptation comme la Fringer EF-NZ II. Il fonctionne très bien sur les boîtiers Nikon Z8, Z7 II ou Z6, en mise au point manuelle.

Peut-on utiliser le Canon TS-E 17mm à main levée ?

Oui, c’est même ma pratique courante. Sur un boîtier avec stabilisation IBIS (comme le Nikon Z8), il est possible de shooter à main levée à 1/15 s, même avec le décentrement activé.

À quoi sert le décentrement (shift) sur cet objectif ?

Il permet de corriger la perspective sans incliner le boîtier. Les verticales restent droites, même en cadrant des immeubles de grande hauteur ou des voûtes de cathédrales.

Le Canon TS-E 17mm f/4L est-il meilleur que le Nikon PC-E 19mm f/4 ?

Tout dépend de votre budget et de vos besoins. Le TS-E 17mm offre un angle plus large et reste plus accessible en occasion. Le Nikon 19mm PC-E est plus moderne mais bien plus cher.

Faut-il un trépied pour l’utiliser correctement ?

Non, mais il est recommandé dans certaines situations. L’horizon artificiel dans le viseur et la stabilisation IBIS suffisent dans de nombreux cas, même pour une prise de vue très rigoureuse.

À propos de l’auteur

Sebastien Desnoulez est photographe professionnel spécialisé en photographie d’architecture, de paysage et de voyage. Formé à la photographie dès les années 1980, il a couvert des compétitions de Formule 1 et réalisé des reportages à travers le monde, avant de se consacrer à une photographie d’art exigeante, mêlant composition, lumière et émotion. Il partage aussi son expérience technique à travers des articles pratiques destinés aux photographes passionnés, en s’appuyant sur une solide culture de l’image acquise en argentique comme en numérique.

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