Jounieh et le Chouf en 1991-1992, photographies lors du rallye du Liban
En 1991 et 1992, mes déplacements liés au championnat du Moyen-Orient des rallyes me conduisent de Jounieh aux routes du Chouf, en passant par Byblos, Beiteddine, Zahlé et les hauteurs dominant la plaine de la Bekaa. Ces photographies montrent les paysages du Mont-Liban, les villes traversées par l’épreuve et la présence militaire encore visible peu après la fin de la guerre civile.
Ces séjours prolongent mon reportage consacré à Beyrouth et au Liban en 1991 et 1992. Je suis alors intégré à l’équipe média du pilote saoudien Mamdouh Khayat, avec Sadri Barrage et Yves Aboukhaled, afin de couvrir sa participation aux épreuves du championnat.
Jounieh
Lors de mes séjours au Liban, l’équipe média est installée à Jounieh, ville située au nord de Beyrouth et considérée à cette époque comme l’un des principaux bastions chrétiens du pays.
Depuis ma chambre d’hôtel, je photographie à plusieurs reprises le même quartier. Au premier plan se trouvent des maisons traditionnelles aux toits de tuiles, dominées par un immeuble récent qui semble avoir été épargné par les destructions de la guerre.
Maisons traditionnelles et immeubles récents photographiés depuis ma chambre d’hôtel à Jounieh en 1991 – Photo : © Sebastien Desnoulez
La salle de presse du rallye se trouve dans les installations de l’Automobile et Touring Club du Liban, l’ATCL, à Kaslik-Jounieh. Le club dispose d’un vaste complexe au bord de la Méditerranée, qui accueille les journalistes, les organisateurs et les équipes participant à l’épreuve.
Depuis l’ATCL, je photographie la baie de Jounieh, les immeubles construits le long de la côte et les reliefs qui entourent la ville. Sur les hauteurs apparaissent Notre-Dame du Liban et la basilique Saint-Paul de Harissa.
La baie de Jounieh et les cheminées de la centrale thermique de Zouk en 1991 – Photo : © Sebastien Desnoulez
Les deux grandes cheminées rayées visibles au sud de la baie sont celles de la centrale thermique de Zouk. Leur fumée domine une partie du littoral et rappelle l’importance de la production électrique dans un pays où les coupures de courant restent fréquentes.
Les coupures d’électricité
Pour un visiteur venant d’un pays en paix, les interruptions de la distribution électrique constituent une autre découverte. L’éclairage public ne fonctionne pas partout, particulièrement dans les villages que nous traversons de nuit entre deux spéciales.
L’obscurité complique les déplacements et rend parfois impossible la réalisation de photographies permettant de témoigner des lieux traversés. Les routes, les villages et les paysages disparaissent dès la fin de la journée.
À Jounieh, notre hôtel dispose d’un groupe électrogène et nous sommes généralement épargnés. En revanche, lorsque nous sortons, notamment pour dîner au restaurant, il arrive que le courant soit brusquement coupé. Les habitants semblent habitués à ces interruptions et poursuivent leurs activités dès qu’un éclairage de secours ou un générateur prend le relais.
La baie de Jounieh au coucher du soleil
À la fin des journées de rallye, je retourne parfois au bord de l’eau. Depuis les installations de l’ATCL, je photographie les petites embarcations qui passent devant le soleil couchant. Ces images montrent un autre visage de Jounieh, éloigné des routes poussiéreuses et de l’agitation des spéciales.
Barque au coucher du soleil dans la baie de Jounieh en 1991 – Photo : © Sebastien Desnoulez
Au bas de deux photographies du front de mer apparaissent également les silhouettes de cargos échoués ou coulés. On m’avait expliqué sur place qu’ils avaient sombré pendant des livraisons d’armes au cours de la guerre.
Cargo échoué dans la baie de Jounieh en 1991 - Photo : © Sebastien Desnoulez
Un bâtiment très endommagé, situé non loin de la côte, m’avait pour sa part été présenté comme l’un des derniers retranchements des Forces libanaises.
Ce bâtiment très endommagé m’avait été présenté comme l’un des derniers retranchements des Forces libanaises – Jounieh, 1991. Photo : © Sebastien Desnoulez
Une visite chez Tracy Chamoun
Aux alentours de Jounieh, j’accompagne Yves Aboukhaled chez son amie Tracy Chamoun. À l’entrée de la résidence, je suis frappé par la présence d’un homme d’une soixantaine d’années armé d’un fusil M16.
Yves m’explique que cet homme assure la protection de la propriété. Pour un citoyen venant d’un pays en paix, la présence d’un homme armé à l’entrée d’une résidence privée reste une scène inhabituelle.
J’apprendrai par la suite que Tracy Chamoun est la fille de Dany Chamoun et la petite-fille de Camille Chamoun, ancien président de la République libanaise. En 1980, elle avait été enlevée avec sa mère par des miliciens phalangistes lors de l’attaque menée contre le Parti national libéral.
Une halte à Byblos, ou Jbeil
Un autre déplacement nous conduit à Byblos, également appelée Jbeil, où nous devons déjeuner sur le port. Peu avant notre arrivée, je photographie la ville et le littoral depuis les hauteurs.
Byblos, ou Jbeil, photographiée avant notre arrivée sur le port en 1991 – Photo : © Sebastien Desnoulez
Pour rejoindre la ville, nous empruntons une route dont une longue section avait été transformée en piste d’atterrissage pendant la guerre. L’aérodrome de Halat permettait de maintenir une liaison aérienne lorsque l’aéroport de Beyrouth était fermé, inutilisable ou inaccessible aux habitants des zones chrétiennes.
Les routes et les paysages du Chouf
Les itinéraires du rallye nous conduisent à travers les reliefs du Mont-Liban et du Chouf. Je photographie les villages, les routes, les montagnes et les forêts de pins rencontrés pendant les reconnaissances ou les déplacements entre les spéciales.
Les photographies couleur réalisées en 1991 montrent des reliefs aux teintes chaudes, des versants couverts de végétation et des arbres isolés. Certaines vues sont prises rapidement au bord de la route, tandis que d’autres profitent d’un arrêt de l’équipe.
Sur certaines photographies en couleur, un fort vignettage assombrit les angles de l’image. Il provient principalement du Canon EF 80-200mm f/2.8 que j’utilisais alors, dont c’était le principal défaut, encore accentué par l’emploi d’un filtre polarisant. J’ai choisi de conserver cet aspect lors de la numérisation, puisqu’il fait partie des caractéristiques techniques des photographies originales.
Le Canon EF 70-200mm f/2.8 qui lui a succédé était nettement plus performant. Compatible avec l’extender 1.4x, il devenait un 98-280mm f/4 et complétait parfaitement le Canon EF 300mm f/2.8 L USM non-IS. Associé à l’extender 2x, ce dernier se transformait en 600mm f/5.6, une combinaison particulièrement adaptée aux circuits et à la photographie sportive.
Paysage du Mont-Liban photographié lors du rallye en 1991 – Photo : © Sebastien Desnoulez
Je ne peux plus localiser avec certitude toutes les photographies de paysages. Les itinéraires couvraient une partie importante du Mont-Liban et certaines vues de pins ou de montagnes ont pu être réalisées en dehors des limites administratives du Chouf.
Les routes traversent aussi des secteurs où les destructions restent visibles. Des maisons éventrées, des bâtiments effondrés et des amas de gravats apparaissent au milieu des paysages.
Beiteddine et le palais de Mir Amin
Une pause à la mi-journée entre deux spéciales nous permet de découvrir Beiteddine et le palais de Mir Amin, situés dans le Chouf, au sud-est de Beyrouth.
Au palais de Beiteddine, je photographie les grandes cours, les façades en pierre, les portes décorées et plusieurs salles voûtées. La lumière qui traverse les ouvertures souligne les volumes et la texture des murs.
Le palais de Beiteddine dans le Chouf en 1992 – Photo : © Sebastien Desnoulez
Je photographie également une bannière représentant Kamal Joumblatt. Son portrait rappelle la place occupée par la famille Joumblatt dans l’histoire politique du Chouf.
Le palais de Mir Amin apparaît quant à lui au milieu d’un paysage montagneux. Les vues réalisées depuis la route permettent de comprendre son implantation sur les hauteurs, à proximité de Beiteddine.
Le Chouf dans le brouillard en 1992
Lors de mon retour au Liban en 1992, je travaille davantage en noir et blanc. Un matin, nous traversons plusieurs villages du Chouf dans un brouillard dense. Je photographie les rues, les façades en pierre et les voitures que nous suivons sur les routes empruntées par l’équipe.
La brume masque une partie des reliefs et donne à ces images une atmosphère très différente de celle des photographies couleur réalisées l’année précédente. Les villages et les paysages apparaissent progressivement au fil de notre progression.
Traversée d’un village du Chouf dans le brouillard, au matin, en 1992 – Photo : © Sebastien Desnoulez
Zahlé en fin de journée
Nous nous arrêtons également à Zahlé, où je me souviens que nous avions dîné après les épreuves de la journée. Depuis les hauteurs de la ville, je photographie les collines et les villages environnants en fin de soirée.
La lumière est déjà faible et les reliefs se distinguent à peine dans la brume. Les terrasses aménagées sur les pentes et les habitations dispersées apparaissent progressivement dans le paysage.
Collines photographiées depuis les hauteurs de Zahlé en fin de soirée, en 1992 – Photo : © Sebastien Desnoulez
La plaine de la Bekaa
Je photographie la plaine de la Bekaa depuis les hauteurs pendant une halte entre deux spéciales. Le parcours du rallye rejoint Zahlé et Kefraya, mais certains secteurs restent soigneusement évités en raison de la présence de milices et des risques encourus par les pilotes, les équipes et les journalistes.
La plaine de la Bekaa photographiée depuis les hauteurs pendant une halte entre deux spéciales – Photo : © Sebastien Desnoulez
Une présence militaire toujours visible
La présence militaire accompagne régulièrement nos déplacements. Au même endroit, je photographie des soldats syriens installés près de leurs pièces d’artillerie, puis la pilote française Carole Vergnaud passant à proximité au volant de sa voiture de rallye.
La scène résume le contexte particulier de l’épreuve : une compétition sportive organisée dans un pays où les conséquences de la guerre et la présence de troupes étrangères restent visibles sur les routes.
La pilote française Carole Vergnaud passe à proximité de pièces d’artillerie syriennes lors du rallye – Photo : © Sebastien Desnoulez
Une autre photographie montre une Jeep de l’armée libanaise. Le véhicule emprunte la spéciale avant le passage des voitures de course afin de parcourir et de contrôler le tracé.
Le programme du Rallye de la Montagne 1991
J’ai conservé le programme officiel du Marlboro Rallye de Montagne organisé les 11, 12 et 13 octobre 1991 par l’Automobile et Touring Club du Liban.
Le document contient la liste des engagés, les horaires et les cartes détaillées des spéciales. Les itinéraires relient l’ATCL de Jounieh à plusieurs secteurs du Mont-Liban, du Chouf et de la Bekaa, notamment Zahlé et Kefraya.
Télécharger le programme officiel du Rallye de la Montagne 1991 au format PDF
Ces déplacements liés au rallye m’ont permis de découvrir une partie du Liban que je n’aurais probablement pas parcourue dans les mêmes conditions au cours d’un voyage classique. Les photographies réunies ici complètent celles réalisées à Beyrouth et conservent la trace des paysages, des routes et des villes traversés en 1991 et 1992.
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À propos de l’auteur
Sebastien Desnoulez est photographe, auteur et créateur d’images, basé à Paris. Son travail traverse la photographie d’architecture, de paysage et de voyage, avec une attention particulière portée à la composition, aux lignes, à la lumière, au flou et aux accidents visuels. Formé à la photographie au milieu des années 1980, il a couvert des compétitions de Formule 1 et réalisé des reportages à travers le monde, avant de développer une photographie d’art fondée sur la tension entre rigueur graphique et instabilité visuelle. Il partage aussi son expérience technique à travers des articles pratiques destinés aux photographes passionnés, en s’appuyant sur une solide culture de l’image acquise en argentique comme en numérique.
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