New York 1985, découverte photographique de Manhattan
En janvier 1985, je pars pour les États-Unis avec l’idée de rejoindre Los Angeles depuis New York. J’y débarque en plein hiver, mais ne traverse finalement que la moitié du pays. Je m’arrête à Nacogdoches, une ville universitaire du Texas, où je reste six mois, suis des cours de cinéma et de photographie et me fais des amis qui le sont encore aujourd’hui. Avant de rentrer en France, je passe quatre jours à New York. Les photographies réunies dans cet article ont été réalisées lors de ces deux séjours avec mon matériel de l’époque, un Fujica STX-1N équipé d’un 50 mm f/1.9.
Deux passages à New York en 1985
Mon premier séjour a lieu en janvier. Arrivé de France, je passe quelques jours à New York avant de poursuivre mon voyage vers le Texas, d’abord en bus, puis en stop. Je parcours Manhattan à pied, de Battery Park à Central Park, en découvrant une ville dont je ne connais encore que les images vues dans les livres, les magazines ou au cinéma.
Mon projet de voyage aux États-Unis mûrit depuis mars 1984. Au départ, je souhaite simplement acheter un appareil photo pour rapporter des images de ce voyage, mais la photographie devient rapidement une véritable passion. Après avoir travaillé pendant six mois à la manutention à La Redoute, j’ai économisé suffisamment pour acheter un Fujica STX-1N avec un objectif de 50 mm, payer un billet aller-retour entre Bruxelles et New York et disposer d’un budget de 1 100 dollars pour le voyage.
L’appareil m’a coûté l’équivalent d’environ 150 euros et le billet d’avion aller-retour environ 450 euros. Le taux de change rend cette enveloppe de 1 100 dollars particulièrement serrée. Lorsque j’arrive à New York en janvier 1985, un dollar américain vaut presque dix francs français, plus du double de sa valeur dix ans auparavant. À titre de comparaison, il retombera autour de cinq francs durant l’été 1992.
Mes moyens sont limités, mais lorsque j’arrive à New York, mon projet de devenir photographe est déjà bien avancé. Travailler avec un seul boîtier et un objectif de 50 mm m’oblige à bien connaître mon matériel et à choisir précisément ce qui entre dans le cadre. Je photographie relativement peu, sans chercher à constituer une série cohérente, mais avec un intérêt croissant pour la composition, la lumière et les lieux que je découvre.
Je reviens à New York en juillet, à la fin de mon séjour aux États-Unis. Pendant quatre jours, je retrouve la ville sous une lumière différente. Les journées sont plus longues, les rues plus animées et ma manière de photographier a déjà évolué. Je m’attarde davantage sur les façades, les reflets et les lignes formées par les constructions.
Second Avenue à la tombée du jour

Une photographie verticale réalisée en janvier montre une large avenue observée depuis un point élevé. Les voitures s’éloignent dans la perspective, leurs feux arrière apparaissent peu à peu dans la lumière froide de la fin de journée. Les immeubles forment un couloir sombre autour de la circulation.
Cette vue a très probablement été prise depuis le téléphérique de Roosevelt Island, au-dessus de Second Avenue, mais je n’en ai plus la certitude absolue. Le cadrage traduit surtout l’impression ressentie face à cette ville dense, verticale et constamment en mouvement.
Le grain très présent et les ombres profondes restituent les limites de la prise de vue argentique dans une lumière devenue faible. Ils participent aujourd’hui à l’atmosphère de l’image.
Le Chrysler Building et les façades de Manhattan

À Midtown, je photographie le Chrysler Building depuis la rue. Sa flèche apparaît au-dessus des immeubles, isolée dans un ciel clair. Le cadrage vertical accentue la hauteur des constructions et la sensation d’étroitesse produite par les rues de Manhattan.
Une autre photographie montre l’Empire State Building reflété dans une façade vitrée. L’architecture n’y apparaît plus directement. Elle est déformée par les surfaces irrégulières des fenêtres et se transforme en une succession de lignes ondulantes.
Cette image annonce un intérêt pour les reflets et pour la manière dont une façade peut modifier la perception d’un bâtiment. Le sujet n’est plus seulement l’édifice photographié, mais sa transformation par la lumière et par les matériaux qui l’entourent.
Une cabine téléphonique à Chinatown

À Chinatown, une personne utilise une cabine téléphonique surmontée d’un petit toit inspiré de l’architecture chinoise. Les couleurs rouges, vertes et bleues se détachent des façades et des commerces environnants.
Cette photographie est différente des vues d’architecture. Elle montre une scène ordinaire, observée au cours de la marche. La cabine, le téléphone public, les enseignes et les vêtements inscrivent immédiatement l’image dans son époque.
Je ne cherche pas à mettre la scène en valeur par un dispositif particulier. Je photographie simplement ce qui retient mon attention, avec la distance imposée par le 50 mm.
Les lignes du pont de Brooklyn

Sur le pont de Brooklyn, je place l’un des pylônes au centre de la composition. Les câbles convergent vers la structure de pierre et organisent naturellement l’image. La dominante bleue renforce la présence des lignes métalliques et l’atmosphère froide de la scène.
Cette photographie témoigne déjà de mon attirance pour les constructions dont la fonction produit une géométrie visible. Les câbles, les arches et le tablier ne sont pas seulement des éléments techniques. Ils déterminent entièrement le cadrage.
La statue de la Liberté sous les échafaudages

Depuis l’eau, la statue de la Liberté apparaît enveloppée d’échafaudages. À la tombée du jour, le monument se réduit presque à une silhouette sombre devant un ciel rouge et orangé.
L’image ne montre pas la statue telle que les visiteurs s’attendent habituellement à la voir. Sa forme est partiellement dissimulée par la structure métallique qui l’entoure. Photographiée ainsi, elle devient un repère fragile et provisoire dans le paysage de la baie de New York.
Manhattan à la tombée de la nuit

À plusieurs reprises, je photographie la skyline depuis l’autre rive ou au cours d’une traversée. Les lumières des bureaux s’allument progressivement tandis que les immeubles deviennent des silhouettes.
Les deux tours du World Trade Center dominent alors très largement le sud de Manhattan. Leur place particulière dans ces archives, ainsi que les photographies prises depuis leur sommet et sur leur esplanade, sont présentées dans l’article World Trade Center, New York 1985.
La redécouverte des archives argentiques
Ces photographies sont restées longtemps dans mes archives avant d’être numérisées. Certaines présentent un grain prononcé, des ombres très denses ou des dominantes colorées liées aux films, à l’exposition et aux conditions de lumière.
Leur rendu appartient à leur époque et au matériel dont je disposais alors. Leur intérêt réside aussi dans ces imperfections et dans ce qu’elles révèlent de la manière dont j’apprenais à travailler avec des moyens limités.
Ces images forment un carnet visuel de mes deux passages à New York en 1985. Elles témoignent de ma découverte de Manhattan, de ses architectures et de son atmosphère, tout en montrant comment cette première expérience a contribué à façonner mon intérêt durable pour l’architecture et le paysage urbain.
À propos de l’auteur
Sebastien Desnoulez est photographe, auteur et créateur d’images, basé à Paris. Son travail traverse la photographie d’architecture, de paysage et de voyage, avec une attention particulière portée à la composition, aux lignes, à la lumière, au flou et aux accidents visuels. Formé à la photographie au milieu des années 1980, il a couvert des compétitions de Formule 1 et réalisé des reportages à travers le monde, avant de développer une photographie d’art fondée sur la tension entre rigueur graphique et instabilité visuelle. Il partage aussi son expérience technique à travers des articles pratiques destinés aux photographes passionnés, en s’appuyant sur une solide culture de l’image acquise en argentique comme en numérique.
Cliquez sur les photographies ci-dessous pour les voir en plein écran.
Toutes les photos de ce site sont protégées par copyright © Sebastien Desnoulez, aucune utilisation n’est autorisée sans accord écrit de l’auteur.
All the photos displayed on this website are copyright protected © Sebastien Desnoulez. No use allowed without written authorization.
Mentions légales
Tags
Je suis représenté par la galerie
Une image pour rêver