White Sands, les dunes de sable blanc du Nouveau-Mexique
Au sud du Nouveau-Mexique, White Sands déploie un immense paysage de dunes de sable blanc constituées de gypse. J’y ai réalisé deux séries photographiques, en 1989 et en 1993. Sous le soleil, au passage des nuages ou dans les dernières lumières du soir, ce désert révèle des visages très différents.
White Sands, un désert de sable blanc
Contrairement aux dunes composées de quartz que l’on rencontre dans de nombreux déserts, celles de White Sands sont formées de grains de gypse. Ce minéral leur donne leur blancheur particulière. À première vue, le paysage peut évoquer une étendue de neige, mais la chaleur, la végétation désertique et les ondulations du sol rappellent rapidement que nous sommes au cœur d’un environnement aride.
Lorsque le soleil est haut, les dunes apparaissent presque éclatantes sous le bleu dense du ciel du Nouveau-Mexique. Les nuages projettent de larges ombres qui soulignent les courbes du paysage. À mesure que le soleil descend, le blanc du gypse se charge progressivement de nuances bleues, roses ou mauves.
Sur une durée d’une à deux heures, un même point de vue peut ainsi changer profondément. La lumière rasante accentue les volumes, tandis que les crêtes des dunes se détachent avec davantage de précision.
Du Texas à White Sands, un itinéraire américain en 1989
En 1989, je séjournais pour la quatrième fois au Texas, après trois premiers voyages en 1985, 1986 et 1987, année où j’avais réalisé un reportage sur la police de Dallas. Jusqu’alors, je connaissais principalement Nacogdoches, où j’avais étudié à l’université, ainsi que Dallas et Houston.
Je venais d’obtenir mon permis de conduire, ce qui me permettait pour la première fois d’explorer plus librement le Texas, un État plus vaste que la France métropolitaine, dont je ne connaissais que l'Est.
Après avoir découvert San Antonio, j’ai poursuivi ma route vers Big Bend National Park, à la frontière mexicaine, puis El Paso. J’ai ensuite rejoint les dunes blanches de White Sands, au Nouveau-Mexique, avant de remonter jusqu’à Santa Fe. Le retour vers Dallas s’est effectué par le Texas Panhandle et Palo Duro Canyon.
White Sands fut l’une des étapes les plus singulières de cet itinéraire. Après les reliefs rocheux et les vastes étendues désertiques de Big Bend, je découvrais un paysage presque entièrement blanc, très différent de ceux que j’avais traversés auparavant.
Deux séries réalisées à quatre années d’intervalle
Je suis revenu à White Sands en 1993. Ces deux passages, espacés de quatre années, m’ont permis de photographier les dunes sous des lumières et dans des conditions météorologiques très différentes.
Les images de 1989 sont principalement marquées par les lumières de fin de journée, les dégradés bleus et mauves du ciel et la présence de silhouettes minuscules dans le paysage. La série de 1993 montre davantage White Sands sous une lumière diurne, avec des ciels d’un bleu profond, des formations nuageuses très présentes et une végétation désertique plus visible.
Les cadrages alternent entre de vastes compositions, dans lesquelles le ciel occupe une place dominante, et des vues plus resserrées sur les lignes des dunes, les traces de pas, les yuccas ou les arbustes isolés.
L’une des photographies réalisées en 1989, au coucher du soleil, fait l’objet d’un article spécifique : White Sands, Nouveau-Mexique, coucher de soleil sur les dunes de gypse.
Ondulations, traces et formes abstraites
White Sands ne se prête pas seulement aux grands paysages. En resserrant le cadrage, les dunes révèlent les motifs réguliers dessinés par le vent. Chaque ondulation capte différemment la lumière : une face reste claire tandis que l’autre se couvre d’une ombre bleutée. Lorsque le cadre ne conserve plus aucun repère permettant d’évaluer l’échelle, le paysage devient presque abstrait.
Les traces de pas interrompent parfois cette régularité et suggèrent une présence hors champ. Les touffes d’herbe, les yuccas et les arbustes isolés contrastent avec l’apparente uniformité des dunes et rappellent que ce désert blanc est aussi un milieu vivant.
White Sands dans l’univers photographique de Thierry Mugler
White Sands a également servi de décor à l’une des campagnes les plus marquantes du parfum Angel. En 1995, Manfred Thierry Mugler y a photographié Jerry Hall, vêtue d’une création aux reflets nacrés, au milieu des dunes blanches du Nouveau-Mexique.
J’ai beaucoup de respect pour son travail de photographe et pour la précision de ses compositions. Dans cette campagne, le personnage, le vêtement, le paysage et la lumière participent à une mise en scène extrêmement construite. White Sands n’est pas un simple décor : les lignes des dunes prolongent la silhouette de Jerry Hall et renforcent la dimension onirique de l’image.
Cette photographie montre à quel point un paysage apparemment dépouillé peut acquérir une grande puissance visuelle lorsque la lumière, le point de vue et la place du corps dans le cadre sont précisément pensés.
Les appareils et objectifs utilisés à White Sands
En 1989, les photographies ont été réalisées avec un Nikon FM2 et trois objectifs Nikkor : un 24mm f/2.8 AI-s, un 180mm f/2.8 IF-ED et un 400mm f/3.5 IF-ED. Le grand-angle permettait de donner toute sa place au ciel et aux étendues de sable blanc. Les longues focales servaient à rapprocher les plans, à isoler une crête ou à intégrer des éléments éloignés dans une composition plus resserrée.
En 1993, j’utilisais un Canon EOS-1 avec un Canon EF 20-35mm f/2.8 L, un Canon EF 80-200mm f/2.8 L et un Canon EF 300mm f/2.8 L, dans sa version non stabilisée. Cette gamme de focales permettait également d’alterner les vues très larges, les paysages structurés par différents plans et les détails graphiques de la surface des dunes.
L’exposition était déterminée à l’aide d’une cellule à main Minolta Autometer IIIF, indépendamment de la mesure TTL du boîtier. Une mesure effectuée directement sur la surface blanche des dunes aurait pu conduire l’appareil à assombrir excessivement l’image. La cellule séparée permettait de préserver la luminosité du paysage ainsi que les nuances du ciel.
La redécouverte des photographies de White Sands
La numérisation récente de ces archives m’a permis de réunir des images qui n’avaient pas toutes été revues depuis leur réalisation. Présentées ensemble, elles composent désormais un ensemble plus complet, dans lequel alternent les grands paysages, les silhouettes humaines, les détails de matière et la végétation désertique.
Réalisées à quatre années d’intervalle, ces photographies montrent la diversité d’un site qui peut paraître immense ou presque abstrait selon le cadrage, l’heure et les conditions atmosphériques.
À propos de l’auteur
Sebastien Desnoulez est photographe, auteur et créateur d’images, basé à Paris. Son travail traverse la photographie d’architecture, de paysage et de voyage, avec une attention particulière portée à la composition, aux lignes, à la lumière, au flou et aux accidents visuels. Formé à la photographie au milieu des années 1980, il a couvert des compétitions de Formule 1 et réalisé des reportages à travers le monde, avant de développer une photographie d’art fondée sur la tension entre rigueur graphique et instabilité visuelle. Il partage aussi son expérience technique à travers des articles pratiques destinés aux photographes passionnés, en s’appuyant sur une solide culture de l’image acquise en argentique comme en numérique.
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Tirages d’art
Un tirage de la photographie White Sands, coucher de soleil sur les dunes de gypse, est disponible en édition limitée. Il est numéroté, signé et accompagné d’un certificat d’authenticité. Retrouvez-le dans la galerie de photographie d’art Une image pour rêver.
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