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Phase One XT IQ4 150MP
Phase One XT IQ4 150MP

Phase One XT IQ4 150MP : moyen format, équivalences et objectifs

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20 septembre 2026   -    Catégorie :    -    Sebastien Desnoulez

Le Phase One XT IQ4 150MP fait partie de ces appareils que j’aimerais utiliser et posséder, tout en sachant que son prix le place très loin de mon budget. Ce système reste néanmoins passionnant à étudier : avec son capteur de 53,4×40mm, ses 151 millions de pixels, ses objectifs Rodenstock et ses mouvements de chambre, il permet de réfléchir à ce que signifie réellement le « moyen format » à l’ère numérique.

Après avoir comparé les équivalences de focales et d’ouvertures en 24x36 des Fujifilm GFX et Hasselblad XCD, le Phase One XT constitue une étape supplémentaire. Son capteur est sensiblement plus grand que leurs 43,8×32,9mm et se rapproche des dimensions du format 645 argentique.

Il permet surtout de poser une autre question : pourquoi le moyen format numérique s’est-il arrêté autour de ces dimensions, alors que l’argentique permettait couramment de passer du 24x36 au 6x6, au 6x7, au 6x9, puis aux chambres 4x5 et 8x10 inch ?

Article mis à jour le 17 septembre 2026. Phase One s’adressant principalement à une clientèle professionnelle, les tarifs sont souvent communiqués hors taxes ou sur devis. Lorsque le prix public français est disponible, les montants HT et TTC sont indiqués afin de permettre la comparaison. Les prix mentionnés sont donnés à titre indicatif et peuvent évoluer. Article non sponsorisé.

De l’argentique au moyen format numérique : des écarts de formats beaucoup plus faibles

En photographie argentique, changer de format signifiait véritablement changer d’échelle. Le film 135 produisait une image de 24x36mm. Le film 120 pouvait recevoir des images 6x4,5, 6x6, 6x7, 6x8 ou 6x9 selon l’appareil. Au-delà venaient les plans-films 4x5, 5x7 ou 8x10 inch.

À émulsion comparable, l’augmentation de la surface du film permettait d’enregistrer davantage d’informations et surtout de moins agrandir l’original pour obtenir un tirage de dimensions identiques.

Surface approximative des principaux formats comparée au 24x36
Format Dimensions approximatives Surface Surface par rapport au 24x36
24x36 36×24mm 864mm²
Fujifilm GFX / Hasselblad X 43,8×32,9mm 1 441mm² 1,67×
Phase One IQ4 53,4×40mm 2 136mm² 2,47×
645 argentique environ 56×41,5mm environ 2 324mm² 2,69×
6x6 environ 56×56mm environ 3 136mm² 3,63×
6x7 environ 56×70mm environ 3 920mm² 4,54×
6x9 environ 56×84mm environ 4 704mm² 5,44×
4x5 inch environ 95×120mm utiles environ 11 400mm² environ 13,2×

Le passage du 24x36 au GFX ou au Hasselblad X multiplie donc la surface sensible par seulement 1,67. Le Phase One atteint 2,47 fois la surface du Full Frame. En argentique, une image 6x9 dépasse cinq fois la surface du 24x36 et le 4x5 atteint environ treize fois cette surface.

Avec ses 53,4×40mm, le Phase One IQ4 occupe toutefois une position particulière : sa surface de 2 136mm² est environ 48 % supérieure à celle des capteurs 43,8×32,9mm des Fujifilm GFX et Hasselblad X, et ses dimensions sont proches de celles du 645 argentique. Il reste en revanche sensiblement plus petit qu’un négatif 6x6, 6x7 ou 6x9.

Pour une comparaison détaillée des angles de champ, ouvertures et profondeurs de champ de tous ces formats, j’ai consacré un article spécifique à l’équivalence de focale et d’ouverture selon la taille du capteur.

Phase One XT IQ4 150MP : une chambre technique numérique

Le système Phase One XT associe deux éléments distincts : le dos numérique IQ4 150MP et une chambre technique compacte XT recevant les objectifs Rodenstock spécialement montés pour ce système.

Le dos numérique IQ4 150MP

Le IQ4 150MP utilise un capteur CMOS BSI de 53,4×40mm au ratio 4:3. Sa définition est de 14204×10652 pixels, soit un peu plus de 151 millions de pixels.

Caractéristiques principales du Phase One IQ4 150MP
Caractéristique Phase One IQ4 150MP
Capteur CMOS BSI
Dimensions 53,4×40mm
Ratio natif 4:3
Définition 14204×10652 pixels
Résolution 151Mpx
Taille des photosites 3,76µm
Profondeur de couleur 16 bits
Dynamique annoncée 15IL
Sensibilité 50 à 25 600ISO
Pose longue Jusqu’à 60minutes
Stockage XQD / CFexpress + SD
Connexions USB-C, Gigabit Ethernet, Wi-Fi
Dimensions d’impression à 300ppi environ 120×90cm sans interpolation

La chambre XT

Le boîtier XT est essentiellement une petite chambre technique reliant le dos IQ4 aux objectifs Rodenstock. La composition et la mise au point s’effectuent à partir du Live View du dos numérique.

Principales caractéristiques de la chambre Phase One XT
Caractéristique Phase One XT
Dos compatibles Phase One IQ4
Monture XT, interface physique compatible Cambo WDS
Mise au point Manuelle ultra-fine sur les objectifs Rodenstock XT
Décentrement horizontal ±12mm
Décentrement vertical ±12mm
Course totale par axe 24mm
Rotation Passage rapide paysage / portrait
Semelle Compatible Arca-Swiss
Dimensions 148×160mm
Poids 700g
Prix du boîtier XT nu observé en France 4 990 € HT / 5 988 € TTC
Kit IQ4 150MP + XT + Rodenstock 32mm f/4 observé en France 50 490 € HT / 60 588 € TTC
Kit IQ4 150MP + XT + Rodenstock 23mm f/5.6 observé en France 55 990 € HT / 67 188 € TTC

On est donc loin du fonctionnement d’un hybride Full Frame ou même d’un Fujifilm GFX. Le système reprend une partie de la logique d’une chambre technique et l’intègre autour d’un dos numérique très haute définition.

Le moyen format numérique est-il vraiment l’équivalent du moyen format argentique ?

La réponse dépend d’abord du format argentique auquel on fait référence. Le IQ4 se rapproche du 645, mais aucun moyen format numérique photographique actuel n’atteint la surface d’un négatif 6x6, 6x7 ou 6x9.

Le ratio de l’image change aussi la manière de photographier

Les capteurs Phase One, Fujifilm GFX et Hasselblad X utilisent un ratio natif 4:3. Celui-ci est proche du 645 argentique, mais diffère du carré 1:1 d’un Hasselblad 6x6, ainsi que des proportions du 6x7 et du 6x9.

Choisir un autre ratio implique de n’utiliser qu’une partie du capteur. Sur le IQ4, le fichier natif mesure 14204×10652 pixels, soit environ 151Mpx.

Définition approximative du IQ4 150MP selon le ratio d’image
Ratio Définition approximative Pixels conservés
4:3 natif 14204×10652 151Mpx
3:2 environ 14204×9469 environ 134,5Mpx
1:1 10652×10652 environ 113,5Mpx

Un cadrage carré n’utilise donc que 75 % de la surface du capteur. Même ainsi, le fichier conserve environ 113,5Mpx. La différence avec un Hasselblad 6x6 reste néanmoins fondamentale : sur celui-ci, le carré constitue le format natif et utilise toute la surface du film.

Le rendu dépend également des focales employées

Pour produire le même angle de champ, les focales augmentent avec la taille du format.

Focale approximative produisant l’angle de champ d’un 28mm en 24x36
Format Focale approximative
24x36 28mm
Fujifilm GFX / Hasselblad X 35mm
Phase One IQ4 43mm
645 argentique environ 45mm
6x6 environ 50mm
6x9 environ 65mm
4x5 inch environ 100mm

Le cas du 4x5 est particulièrement parlant. Un 90mm, focale grand-angle classique sur ce format, correspond selon la diagonale des formats à environ 25,5mm en 24x36. À f/5.6, il procure à cadrage comparable une profondeur de champ proche de celle d’un 25,5mm ouvert à environ f/1.6 sur Full Frame.

Un 90mm f/5.6 sur grand format 4x5 correspond donc approximativement à un 25,5mm f/1.6 sur 24x36 pour l’angle de champ et la profondeur de champ à cadrage comparable.

Cela ne signifie pas pour autant que le format possède un « rendu » impossible à reproduire autrement. À angle de champ, perspective, cadrage et profondeur de champ équivalents, de nombreuses caractéristiques géométriques peuvent être rapprochées. Restent cependant le dessin de l’objectif, ses aberrations, son cercle image, les transitions de netteté, la structure du film ou du capteur et la manière dont le système conduit le photographe à composer.

Pourquoi les capteurs numériques ne sont-ils pas aussi grands qu’un plan-film 4x5 ?

La photographie numérique a profondément changé le rapport entre taille de la surface sensible et définition nécessaire à l’image finale.

Un écran 4K affiche environ 8 millions de pixels. Un écran 8K en affiche environ 33 millions. Même une photographie de 45Mpx doit donc généralement être réduite pour être affichée dans son intégralité sur un écran.

L’impression réclame davantage de définition, mais la résolution nécessaire dépend de la taille du tirage et surtout de sa distance d’observation. Une photographie destinée à être regardée à 30cm ne répond pas aux mêmes contraintes qu’une image de plusieurs mètres observée à distance.

Les « dpi » d’une imprimante ne doivent par ailleurs pas être confondus avec les pixels de l’image. Les procédés d’impression utilisent plusieurs points d’encre ou une trame pour restituer les valeurs et couleurs d’un pixel.

Dans ce contexte, le fichier de 14204×10652 pixels du Phase One permet déjà d’obtenir environ 120×90cm à 300ppi sans interpolation. Pour de nombreux usages, 151Mpx constituent donc une définition considérable.

Fabriquer un capteur proche des 95×120mm de surface utile d’un plan-film 4x5 poserait en outre des difficultés économiques et industrielles considérables. Plus un composant en silicium est grand, moins on peut en produire sur une même galette et plus la probabilité qu’un défaut rende une pièce inutilisable augmente. À cela s’ajoutent les contraintes de lecture des données, d’alimentation, de traitement, de dissipation thermique et de conception optique.

Le numérique a donc suivi une autre logique : obtenir une quantité d’informations considérable avec des capteurs sensiblement plus petits que les grands formats argentiques.

Pourquoi s’intéresser au XT plutôt qu’au Phase One XF ?

Le XF est le système Phase One le plus proche d’un moyen format reflex moderne, avec viseur, autofocus et objectifs Schneider Kreuznach. Il se prête particulièrement au studio, au portrait, à la mode ou à la photographie commerciale.

Le XT répond à une logique différente. Sa mise au point est manuelle, ses mouvements font partie intégrante de la prise de vue et Phase One le présente comme une « digital field camera » destinée en particulier au paysage.

Pour le paysage et l’architecture, cette architecture me paraît plus intéressante à comparer avec une chambre argentique. Le XT ne cherche pas simplement à reproduire l’ergonomie d’un appareil 24x36 agrandi : il transpose certains principes de la chambre technique dans un système numérique intégré.

Décentrement du XT et bascule des objectifs Tilt

Le boîtier XT permet de déplacer le dos de ±12mm horizontalement et verticalement, soit une course totale de 24mm sur chaque axe.

Ce mouvement permet notamment de corriger la perspective en architecture sans incliner l’appareil. En conservant le plan du capteur vertical, les lignes verticales du bâtiment restent parallèles dès la prise de vue.

Le décentrement peut également servir à réaliser plusieurs images destinées à être assemblées. L’objectif conserve sa position tandis que le capteur se déplace dans son cercle image, une méthode particulièrement adaptée aux panoramas et aux assemblages à très haute définition.

La position du décentrement est automatiquement enregistrée dans les métadonnées du fichier et peut être exploitée ensuite dans Capture One.

La bascule

Certains objectifs XT disposent d’une bascule de ±3° ou ±5°. Elle ne crée pas davantage de profondeur de champ : elle modifie l’orientation du plan de netteté.

En paysage, il devient ainsi possible d’orienter ce plan vers le sol afin de conserver dans la zone de netteté un premier plan proche et un arrière-plan éloigné sans devoir fermer autant le diaphragme.

Le XT retrouve ici l’un des principes fondamentaux de la chambre photographique, tout en le combinant à un capteur numérique de 151Mpx.

Frame Averaging : réaliser une pose longue sans filtre ND

Le dos IQ4 dispose d’une fonction particulièrement originale baptisée Automated Frame Averaging. Elle permet de reproduire certains effets d’une pose longue sans réduire la quantité de lumière arrivant sur le capteur avec un filtre ND.

Le principe diffère d’une pose longue traditionnelle. L’appareil réalise automatiquement une succession d’expositions courtes puis les moyenne pour produire un seul fichier RAW IIQ.

Le photographe peut ainsi dissocier deux paramètres normalement liés : la quantité de lumière nécessaire à l’exposition et la durée pendant laquelle les mouvements de la scène sont enregistrés.

Imaginons qu’en plein jour l’exposition correcte soit de 1/100s à f/11 et 50ISO. Pour obtenir une pose unique de 10s en conservant f/11 et 50ISO, il faudrait réduire la lumière d’environ 10IL à l’aide d’un filtre ND.

Avec Frame Averaging, les prises de vue élémentaires restent correctement exposées tandis que le système poursuit la séquence pendant 10s, 30s ou plusieurs minutes. Leur moyenne conserve une luminosité normale tout en intégrant le déplacement des éléments mobiles sur toute la durée choisie.

Exposition de référence : 1/100s
Durée du Frame Averaging : 30s
Luminosité finale : exposition normale
Effet temporel : mouvement intégré pendant environ 30s

L’eau d’une cascade peut ainsi devenir fluide, la mer se lisser et les nuages s’étirer sans utiliser le filtre ND très dense qu’aurait nécessité une exposition unique de même durée.

Le procédé offre également un bénéfice sur le bruit : les variations aléatoires présentes dans les différentes images s’atténuent lors du calcul de la moyenne.

Le résultat n’est toutefois pas strictement identique à celui d’une exposition continue. La succession des captures doit être suffisamment régulière pour que les intervalles éventuels entre les images ne deviennent pas visibles dans certains mouvements. Les hautes lumières doivent également rester correctement exposées dans les captures constituant la séquence.

Frame Averaging ne rend donc pas tous les filtres inutiles. Un filtre dégradé, par exemple, modifie la répartition de la lumière dans l’image, et un polarisant remplit une fonction totalement différente. Mais lorsqu’un filtre ND sert uniquement à prolonger fortement le temps de pose en pleine lumière, Frame Averaging peut en remplacer l’usage.

Cette fonction constitue à mes yeux l’un des aspects les plus intéressants du IQ4 : le XT reprend d’un côté les mouvements et la logique d’une chambre, tout en exploitant de l’autre des possibilités qui n’existent que grâce au numérique.

Objectifs Phase One XT / Rodenstock et équivalences 24x36

Avec son capteur de 53,4×40mm, le Phase One IQ4 présente un coefficient d’environ 0,65× par rapport au 24x36. Une focale XT peut donc être multipliée par environ 0,65 pour obtenir son équivalent d’angle de champ en Full Frame. Le même coefficient appliqué à l’ouverture donne un ordre de grandeur de la profondeur de champ équivalente à cadrage comparable, sans modifier l’exposition réelle.

Les objectifs XT sont issus de la gamme Rodenstock HR et utilisent une mise au point manuelle ultra-fine. Ils intègrent le X-Shutter, obturateur électromécanique contrôlé par le système Phase One.

Phase One XT IQ4 150MP + objectifsPhase One XT IQ4 150MP + objectifs

Le cercle image constitue ici une donnée essentielle : sa taille détermine l’amplitude de décentrement utilisable avant que le capteur n’atteigne les limites de la zone couverte par l’objectif.

Objectifs Phase One XT / Rodenstock et équivalences en 24x36
Objectif Équivalent 24x36 Équivalent PdC Cercle image Bascule Dimensions Poids Filtre Prix HT observé
XT HR Digaron-S 23mm f/5.6 15mm f/3.6 70mm Non 95×107×95mm 850g 72mm 9 990 € HT
XT HR Digaron-W 32mm f/4 Tilt 21mm f/2.6 90mm ±3° 118×107×98mm 1 160g 86mm 12 490 € HT
XT HR Digaron-W 40mm f/4 Tilt 26mm f/2.6 90mm ±3° 105×107×95mm 995g 67mm 10 990 € HT
XT HR Digaron-W 50mm f/4 Tilt 32mm f/2.6 90mm ±3° 116×107×90mm 1 010g 67mm environ 11 490 € HT
XT HR Digaron-W 70mm f/5.6 45mm f/3.6 100mm Non 109×107×89mm 700g 58mm 7 990 € HT
XT HR Digaron-W 70mm f/5.6 Tilt 45mm f/3.6 100mm ±5° 107×107×80mm 750g 58mm 9 490 € HT
XT HR Digaron-SW 90mm f/5.6 58mm f/3.6 120mm Non 160×107×90mm 1 200g 72mm 11 990 € HT
XT HR Digaron-SW 90mm f/5.6 Tilt 58mm f/3.6 120mm ±5° 110×107×90mm 1 090g 72mm sur devis

Tarifs relevés en septembre 2026 auprès de revendeurs professionnels français et européens. Les montants HT sont privilégiés pour faciliter la comparaison indépendamment du taux de TVA appliqué dans le pays de vente.

Le 23mm est spectaculaire par son angle de champ équivalent à environ 15mm, mais son cercle image de 70mm limite fortement les mouvements. Phase One recommande de ne pas dépasser environ 2mm de décentrement avec cette optique.

Le 32mm Tilt correspond à environ 21mm en 24x36. Son cercle image de 90mm permet d’exploiter beaucoup plus largement les mouvements de la chambre et le destine particulièrement au paysage et à l’architecture.

Les 40 et 50mm Tilt correspondent approximativement à 26 et 32mm en 24x36. Le 70mm fournit presque l’angle de champ d’une focale standard, tandis que le 90mm correspond à environ 58mm.

Avec un cercle image atteignant 120mm, le 90mm est particulièrement adapté aux décentrements importants et aux assemblages de plusieurs vues.

Pour effectuer d’autres comparaisons, consultez le calculateur de profondeur de champ et l’article consacré aux équivalences selon la taille du capteur.

Pourquoi un dos numérique sur une chambre 4x5 ne donne pas du 4x5 numérique

Il pourrait sembler logique de monter un IQ4 au dos d’une chambre 4x5 et de retrouver ainsi le rendu du grand format avec un capteur numérique. Géométriquement, ce n’est pas ce qui se produit.

Une image 4x5 utile mesure approximativement 95×120mm. Le dos Phase One n’enregistre qu’une surface de 53,4×40mm située au centre du cercle image.

Prenons à nouveau un objectif de 90mm.

90mm sur 4x5 ≈ 25,5mm en 24x36

En plaçant le même 90mm devant un capteur IQ4 :

90mm sur IQ4 ≈ 58mm en 24x36

Le même objectif passe donc d’un grand-angle sur plan-film 4x5 à une focale légèrement plus longue qu’un objectif standard sur le IQ4.

C’est précisément la raison pour laquelle les chambres techniques numériques utilisent des objectifs de 23, 32 ou 40mm. Ils doivent offrir un angle de champ très large tout en conservant un cercle image suffisamment important pour permettre les mouvements.

La conception optique pose également des contraintes particulières. Avec certains anciens grands-angles de chambre, les rayons lumineux peuvent arriver très obliquement sur les bords d’un capteur numérique et provoquer des dominantes colorées ou d’autres artefacts. Phase One recommande notamment les objectifs Rodenstock HR avec les grands capteurs et les décentrements importants.

Pourquoi photographier encore sur film puis le numériser ?

Cette question prend tout son sens face au prix et aux dimensions des plus grands capteurs numériques.

L’argentique contourne autrement le coût d’une très grande surface sensible : chaque plan-film 4x5 apporte sa propre surface photosensible d’environ 95×120mm pour une prise de vue, sans nécessiter un capteur permanent de cette dimension.

La prise de vue bénéficie alors des focales, des grands cercles image et des mouvements propres au grand format. Le négatif peut ensuite être numérisé selon le niveau de définition réellement nécessaire.

Un plan-film 4x5 peut par exemple être reproduit en plusieurs sections avec un appareil numérique haute définition puis assemblé. Le fichier final peut devenir considérable, même si sa définition utile reste limitée par le pouvoir séparateur de l’émulsion, l’objectif utilisé lors de la prise de vue, le diaphragme, la mise au point, le développement et la qualité de la numérisation.

Quelle définition peut enregistrer un film actuel ?

Pour envisager aujourd’hui une chambre 6x9 ou 4x5, les films négatifs constituent une référence plus représentative que les diapositives historiquement utilisées en moyen et grand format.

En couleur, le Kodak Ektar 100 reste disponible en film 120 et en plan-film 4x5 ; Kodak le présente comme son négatif couleur au grain le plus fin et comme particulièrement adapté à la numérisation. Le Portra 160, également disponible dans ces formats, privilégie une restitution plus douce et une plus grande souplesse d’utilisation.

En noir et blanc, l’Ilford Delta 100 Professional, toujours disponible en film 120 et en plan-film 4x5, constitue un exemple de film moderne de 100 ISO à grain très fin et haute définition.

Il n’existe cependant pas d’équivalence exacte entre le grain d’un film et les pixels d’un capteur numérique. Le pouvoir résolvant dépend notamment de l’émulsion, du contraste du sujet, du développement et de l’ensemble de la chaîne de prise de vue.

En retenant volontairement, pour donner un ordre de grandeur, une résolution prudente d’environ 60 lignes/mm pour un film fin à faible contraste, on obtient théoriquement environ 68Mpx pour un négatif 6x9 et 164Mpx pour un plan-film 4x5.

Ces chiffres ne signifient pas qu’un film 6x9 « équivaut à 68Mpx » ou qu’un plan-film 4x5 « vaut 164Mpx ». Ils permettent simplement de situer le potentiel d’information d’une grande surface argentique. La définition réellement exploitable dépend de l’objectif, du diaphragme, de la mise au point, de la stabilité, de l’émulsion, du développement et de la qualité de la numérisation.

Cette comparaison aide néanmoins à comprendre pourquoi le 6x9, et plus encore le 4x5, conservent un intérêt face aux capteurs numériques très haute définition. Pour une analyse détaillée des lp/mm, de la MTF et de la conversion de la résolution argentique en mégapixels, consultez Comparatif de résolution : capteurs numériques vs pellicule argentique.

La chaîne de travail reste finalement très contemporaine malgré l’utilisation du film :

chambre → film → développement → numérisation → fichier numérique

Elle permet de conserver la surface, la géométrie et les mouvements des grands formats argentiques, tout en obtenant à la fin du processus un fichier exploitable dans un flux de travail numérique.

Une alternative beaucoup plus accessible : chambre 6x9 + film 120

Le Phase One XT représente une solution particulièrement aboutie de chambre technique numérique, mais son prix dépassant 60 000 € TTC avec le IQ4 150MP et une optique le réserve à un marché professionnel très restreint.

Pour découvrir une logique de prise de vue comparable, avec mise au point manuelle, décentrement, bascule, composition sur dépoli et grande surface sensible, une chambre 6x9 d’occasion équipée d’un dos 120 constitue une alternative intéressante.

Elle ne remplace évidemment pas le XT dans un environnement professionnel. Le workflow argentique est plus lent, le résultat n’est pas immédiatement contrôlable et le film doit être développé puis numérisé. En revanche, l’expérience photographique retrouve plusieurs principes de la chambre technique pour une fraction du prix.

Linhof Super Technika 6x9

La Linhof Super Technika 6x9 combine un appareil folding transportable avec de véritables mouvements de chambre. Un ensemble équipé d’un grand-angle autour de 65mm et d’une focale standard de 100 ou 105mm forme un kit particulièrement cohérent pour le paysage et l’architecture.

Exemple d’équipement 6x9 avec deux objectifs
Équipement Équivalent 24x36 Usage
Objectif 65mm environ 28mm Paysage, architecture
Objectif 100-105mm environ 43-45mm Focale standard, paysage, photographie générale

Au moment de la rédaction de cet article, une Super Technika IV 6x9 équipée d’un Zeiss 105mm et d’un Schneider 65mm était par exemple proposée en France autour de 1 200 €. Un revendeur spécialisé européen proposait également un ensemble avec 65, 105 et 180mm autour de 1 500 €. Ces exemples ne constituent pas une cote : l’état du soufflet, des obturateurs, du télémètre éventuel, des dos et des objectifs peut faire varier fortement la valeur d’un ensemble.

Horseman VH / VH-R

Les Horseman VH et VH-R suivent une philosophie comparable dans un ensemble japonais compact. Une configuration associant un 65mm et un 105mm convient particulièrement au paysage et à l’architecture.

Le marché de l’occasion est moins régulier que celui des appareils plus courants. Le prix dépend fortement du nombre de dos, des objectifs, des planchettes et de l’état mécanique. Un ensemble complet reste toutefois sans commune mesure avec le coût d’un XT équipé d’un IQ4 et de deux objectifs Rodenstock.

Huit vues par rouleau, puis numérisation

Le format 6x9 donne généralement huit photographies sur un rouleau de film 120. Son ratio est par ailleurs très proche du 3:2 du 24x36.

À première vue, photographier en 6x9 pour bénéficier d’une surface sensible beaucoup plus grande, puis numériser le négatif avec un boîtier 24x36 de 45 à 61Mpx peut sembler paradoxal. L’intérêt d’une chambre 6x9 ne se limite toutefois pas à obtenir davantage de mégapixels.

Elle permet surtout de travailler avec les mouvements d’une chambre : décentrement pour contrôler les perspectives, bascule pour orienter le plan de netteté, grands cercles image et composition sur dépoli. Sur un appareil 24x36, ces possibilités nécessitent des objectifs spécifiques à décentrement ou à bascule et restent limitées aux focales et amplitudes de mouvement proposées par les constructeurs. Ce sujet est développé dans l’article consacré à la photographie d’architecture avec un objectif à décentrement.

La numérisation constitue ensuite une étape distincte. Avec un boîtier 24x36 de 45 à 61Mpx, un négatif 6x9 peut être reproduit en une seule prise avec un objectif macro et un support adapté au film 120. Cette solution suffit déjà pour de nombreux usages, mais elle n’exploite pas nécessairement toute la résolution potentielle d’un film fin.

Pour aller plus loin, le négatif peut être numérisé en plusieurs zones avec le même boîtier, puis les fichiers assemblés. Un scanner dédié haut de gamme constitue une autre possibilité : les Hasselblad/Imacon Flextight X1 et X5 atteignent par exemple une résolution optique de 3 200ppi sur les films 120. Sur une image 6x9 d’environ 56×84mm, cela représente un fichier proche de 75Mpx. Un scanner à plat acceptant le moyen format peut également produire des fichiers très définis, même si sa résolution nominale ne correspond pas nécessairement à la quantité réelle de détail extraite du film.

Le choix dépend donc de l’usage final. Une reproduction en une seule prise privilégie la rapidité et la simplicité ; un assemblage de plusieurs captures ou un scanner spécialisé permet de rechercher davantage de détail lorsque le film, l’objectif de prise de vue et la qualité du négatif le justifient. Pour comparer ces différentes méthodes, consultez aussi Scanner ses photos argentiques : scanner à plat, scanner dédié ou appareil photo.

Un système tel que le VALOI easy120 accepte les films 120 jusqu’au format 6x9 et facilite la reproduction avec un boîtier numérique et un objectif macro.

Questions fréquentes sur le Phase One XT IQ4 150MP

Quel est le coefficient de conversion du Phase One IQ4 150MP ?

Le coefficient de conversion du capteur 53,4×40mm vers le 24x36 est d’environ 0,65×. Un objectif de 70mm offre ainsi un angle de champ proche de celui d’un 45mm sur Full Frame.

Le Phase One IQ4 est-il un véritable moyen format numérique ?

Oui. Son capteur est environ 2,47 fois plus grand qu’un capteur 24x36 et ses dimensions sont très proches de celles du format 645 argentique. Il reste cependant sensiblement plus petit qu’un négatif 6x6, 6x7 ou 6x9.

Le Phase One IQ4 est-il plus grand qu’un capteur Fujifilm GFX ou Hasselblad X ?

Oui. Le IQ4 mesure 53,4×40mm contre 43,8×32,9mm pour les GFX et Hasselblad X. Sa surface est environ 48 % supérieure.

Les équivalences de ces deux autres systèmes sont détaillées dans les articles Fujifilm GFX moyen format / Full Frame et Hasselblad moyen format / Full Frame.

Quel objectif Phase One XT correspond à un 24mm en Full Frame ?

Le 32mm correspond à environ 21mm et le 40mm à environ 26mm en utilisant le coefficient calculé à partir des diagonales des capteurs. Aucun objectif de la gamme ne correspond donc exactement à un 24mm en 24x36 ; le 40mm s’en rapproche le plus.

Pourquoi un 70mm est-il presque une focale standard sur le Phase One ?

La plus grande taille du capteur élargit l’angle de champ obtenu par une focale donnée. Avec le coefficient d’environ 0,65×, le 70mm produit un cadrage comparable à celui d’un 45mm en 24x36.

Combien de mégapixels reste-t-il en recadrant le IQ4 en 3:2 ou en carré ?

En conservant toute la largeur du fichier, un recadrage 3:2 laisse environ 134,5Mpx sur les 151Mpx d’origine. Un cadrage carré conserve environ 113,5Mpx.

Frame Averaging remplace-t-il un filtre ND ?

Dans de nombreuses situations où le filtre ND sert uniquement à prolonger le temps de pose, oui. Le IQ4 réalise et moyenne automatiquement plusieurs captures pour produire un seul fichier RAW donnant un effet temporel proche d’une pose longue. Cette fonction ne remplace cependant ni un filtre dégradé, ni un polarisant, et son rendu n’est pas strictement identique à celui d’une exposition continue.

Peut-on monter le dos IQ4 sur une chambre 4x5 ?

Oui, avec une chambre et un adaptateur appropriés. Le capteur n’utilise toutefois qu’une partie centrale du cercle image. Les focales se comportent donc selon le format 53,4×40mm du capteur et non selon le format 4x5.

Un 90mm sur un dos Phase One donne-t-il le même angle de champ qu’en 4x5 ?

Non. Un 90mm couvre approximativement l’angle d’un 25,5mm en 24x36 lorsqu’il est utilisé sur un plan-film 4x5. Devant le capteur 53,4×40mm du IQ4, il correspond plutôt à environ 58mm.

Pourquoi continuer à utiliser du film 6x9 ou 4x5 puis le scanner ?

Le film permet d’utiliser une surface sensible beaucoup plus grande que les capteurs photographiques actuels, ainsi que les mouvements et les objectifs propres à ces formats. Le négatif ou le plan-film peut ensuite être numérisé avec la définition adaptée à l’usage final.

Quelle alternative abordable permet de découvrir une approche proche d’une chambre technique ?

Une Linhof Super Technika 6x9 ou une Horseman VH/VH-R avec un dos 120 et deux objectifs, par exemple autour de 65mm et 105mm, permet de travailler avec une grande surface de film et de véritables mouvements de chambre pour un budget très inférieur à celui d’un Phase One XT.

Conclusion

Le Phase One XT IQ4 150MP me fascine précisément parce qu’il pousse très loin une certaine conception de la photographie numérique : 151 millions de pixels sur un capteur de 53,4×40mm, des objectifs Rodenstock spécialisés, le décentrement du dos, la bascule de certaines optiques et des fonctions numériques originales comme Frame Averaging.

Son prix le rend inaccessible à la plupart des photographes, moi compris. Cela n’enlève rien à l’intérêt de comprendre ce qu’il propose.

Cette réflexion montre surtout à quel point les mots « moyen format » recouvrent aujourd’hui des réalités différentes. Un GFX ou un Hasselblad X, un Phase One IQ4, un Hasselblad 6x6, un négatif 6x9 et un plan-film 4x5 appartiennent à des systèmes dont les surfaces, les ratios et les optiques diffèrent fortement.

Le numérique a permis d’obtenir une définition considérable sans reproduire les dimensions des plus grands formats argentiques. Le film offre une réponse différente : une très grande surface photosensible peut être utilisée à chaque prise de vue, puis numérisée avec la définition nécessaire une fois le film développé.

Le Phase One XT se situe presque au point de rencontre de ces deux approches. Son capteur est proche du 645 argentique, mais il est installé derrière une petite chambre technique et des objectifs conçus pour exploiter les mouvements. Plus loin, le 6x9 et le 4x5 continuent d’offrir des surfaces beaucoup plus grandes, au prix d’un retour au film, au développement et à la numérisation.

Sources principales : photos et documentation officielle Phase One XT Camera System, IQ4 Digital Backs et XT Rodenstock Lenses ; tarifs observés en septembre 2026 auprès de Prophot et de revendeurs professionnels européens ; documentation Kodak Professional, Ilford Photo, Linhof et VALOI. Les prix sont susceptibles d’évoluer et ne constituent pas une cote du matériel. Article non sponsorisé.

À propos de l’auteur

Sebastien Desnoulez est photographe, auteur et créateur d’images, basé à Paris. Son travail traverse la photographie d’architecture, de paysage et de voyage, avec une attention particulière portée à la composition, aux lignes, à la lumière, au flou et aux accidents visuels. Formé à la photographie au milieu des années 1980, il a couvert des compétitions de Formule 1 et réalisé des reportages à travers le monde, avant de développer une photographie d’art fondée sur la tension entre rigueur graphique et instabilité visuelle. Il partage aussi son expérience technique à travers des articles pratiques destinés aux photographes passionnés, en s’appuyant sur une solide culture de l’image acquise en argentique comme en numérique.

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